54h pour créer une startup dans la Tunisie post-Ben Ali

Tunis accueillait les 25, 26 et 27 février dernier, la 1ere édition d'un Startup Weekend en Afrique. Entretien avec l'un des co-organisateurs, Jean-François Vermont
Article par : Mael Inizan


Lancés au États-Unis en 2007, les Startup Weekend sont des événements dont le but est de réunir des développeurs, des entrepreneurs, des graphistes comme des spécialistes du marketing… pour créer ex-nihilo une startup en seulement un weekend. Après New York, Londres, Paris ou encore Kathmandou, Tunis accueillait les 25, 26 et 27 février dernier, la 1ere édition d’un Startup Weekend en Afrique.

Planifié depuis septembre dernier, l’événement s’est fait rattraper par la révolution. Un mois et demi seulement après la chute de Ben Ali et dans un pays en pleine transition démocratique, il permet de prendre la température de l’entreprenariat en Tunisie et d’entrevoir les premières conséquences du changement de régime sur l’écosystème local. Entretien avec Jean-François Vermont, entrepreneur en France et en Tunisie et co-organisateur du Startup Weekend Tunis.

Comment s’est déroulé ce premier startup Weekend en Tunisie ?

J’ai participé à quatre Startup Weekend en France. Ce qui m’a surpris pour cette première édition en Tunisie, c’est le nombre de projets présentés : 44 sur 80 participants. Ce sont des ratios qu’on atteint pas du tout en France. Sans aucun préjugé négatif, on a retrouvé une certaine ambiance de souk, avec un dynamisme commercial extraordinaire autour des projets, qui pouvaient par exemple fusionner pour remporter plus de votes… C’est une ambiance qui n’existe pas ailleurs.

Y-a-t-il une identité particulière dans les projets proposés ?

Quand je compare la liste des projets avec ceux des Startup Weekend de Paris, Nantes ou Marseille, je retrouve la même diversité, le même éventail. Du côté de l’aspect innovant, de la rupture, il y a cependant un peu plus d’innocence. Les participants au SWTunis ne sont pas toujours très au fait de la concurrence à l’étranger. Il leur manque une certaine connaissance du secteur sur lequel ils veulent innover. Mais au final, cette innocence les amène à faire évoluer leur projet et à oser prendre des risques. L’âge moyen des participants est assez jeune, 23 ou 24 ans, mais je ne vois pas vraiment de différence avec leurs homologues français. Ils dorment peu et sont a fond dans leur truc.

Pouvez-vous nous dressez un panorama des projets sélectionnés pour le weekend ?

Onze projets ont été sélectionnés pour le SWTunis. Il y a un projet de cloisons rotatives pour mieux aménager les petits espaces (Space Transform – « Prix du projet du potentiel export »). Un autre groupe a une approche qui consiste a essayer de populariser et de diffuser en grande quantité les lampes basses consommations (Sun2Led – « Prix du projet le plus écologique »). Il y a également un projet de co-working enrichi par la mise en réseaux de prestataires freelances (Tunisia Coworking – « Prix du projet de la meilleure présentation »). Un autre groupe travaille sur un boîtier de géolocalisation un peu design et muni de fonctionnalités pour aider notamment à la localisation, la prise de contact et la surveillance des enfants — ou des troupeaux (Find Me – « Médaille d’or »). Il y a également un projet de système de gestion hospitalière, organisée autour du dossier du patient (Médical Data – « Médaille de Bronze »). Dans cette période révolutionnaire, d’autres veulent favoriser la transition en ouvrant un portail des associations (A Label – « Prix du projet le plus social ») ou, dans la mouvance de l’open data et de l’open gouvernance, en proposant des outils pour favoriser la e-démocratie (OpenTunisia – « Prix du projet le plus révolutionnaire »).

J’en oublie quelques uns, mais on voit que ça tire dans des directions totalement différentes. Il y a également des projets de réseau de taxis dédiés aux femmes (Taxi pour Elle – « Prix du projet le plus sexy »), de plateforme de mise en relation de jeunes diplômés avec leurs futurs employeurs (Octopus – « Prix du projet du meilleur effort »), de connexion internet gratuite, financée par la publicité (Net Wings – « Prix du projet le plus punchy ») ou encore de services destinés à faciliter la vie des personnes du 3ème âge, avec notamment des livraisons à domicile (Chrono Shop – « Médaille de Bronze »). Ça foisonne, ça bouillonne.

Qu’est-ce qui a fait la différence pour le jury ?

Comme l’ont exprimé unanimement les 15 membres du jury, les projets étaient tous innovants. Ce n’étaient pas des inventions, mais pour le marché tunisien ils représentent de réelles innovations. Le vainqueur est Find Me, un projet qui permet de garder le contact avec les personnes que l’on aime ou dont on a besoin de savoir où elles se trouvent. Le jury a apprécié le sérieux du projet, sa forme aboutie et réfléchie, son utilité sociale, et a confiance dans le groupe qui le porte pour la résolution des problèmes techniques.

Ce Startup Weekend prend place dans un climat particulier. Peut-on déjà déceler un impact de la révolution tunisienne sur l’entrepreneuriat ?

À mon avis, la révolution aura deux effets : un de court terme et un de long terme. La Tunisie était un système mafieux, confiscatoire, où toutes les entreprises importantes étaient préemptées par la famille du dictateur. Créer une startup dans ces conditions n’était pas évident. Les jeunes entrepreneurs sans relations se faisaient allègrement massacrer. Ce sera beaucoup plus facile demain pour des gens de tout âge et de tout milieu social de créer leur société. L’un des premiers effets sera donc de libérer toutes les forces créatives et de montrer que c’est possible de créer une startup en Tunisie.

Dans le moyen et long terme, je pense que la révolution va permettre de lever un certain nombre d’obstacles socio-culturels. Dans une société qui a été sous la dictature pendant plus de 30 ans, l’autonomie et la prise d’initiative est beaucoup plus faible que dans les pays occidentaux. On préférait être dans une posture de salarié que dans une position qui amène à prendre des initiatives, ce qui pouvait être dangereux.

Existe-t-il des relais au niveau des investisseurs en Tunisie ?

Avant la chute du dictateur, les responsables politiques et économiques étaient aux abois car ils n’arrivaient pas à résorber le problème du chômage, alors même qu’ils bloquaient eux-même la création d’entreprise. Là encore, la révolution va permettre de libérer les investissements, en facilitant les choses pour les entrepreneurs tunisiens, mais également en ouvrant plus largement le marché aux investisseurs étrangers. La question ne sera plus celle de l’existence d’investisseurs, mais celle du nombre de projets réalistes, qui justifient un investissement.

En dehors du Startup Weekend, quel est le paysage entrepreneurial en Tunisie ?

Le marché intérieur tunisien comporte 10 millions d’habitant, dont plus de la moitié a moins de 24 ans, et avec un taux d’équipement internet qui est seulement le tiers de celui de la France. Le marché tunisien est donc bien plus limité que la marché français. Une entreprise qui réussit dans le web en Tunisie va avoir une taille dix fois moindre que son équivalent en France. On trouve donc plutôt des entrepreneurs individuels ou des petites entreprises qui arrivent à occuper le terrain, notamment du côté des services. Mais il faut également savoir que le taux d’équipement en carte bancaire est très faible en Tunisie. Les transactions internet ne sont donc pas du tout développées. Il y a encore beaucoup de choses à faire. C’est encore un peu tôt pour parler d’un éco-système internet aussi développé que dans les pays occidentaux.

A l’issue de ce 1er weekend, préparez-vous d’autres éditions du Startup Weekend en Tunisie ?

Nous avons décidé de nous transformer en association pour promouvoir l’entrepreunariat. Notre projet est de monter une véritable plateforme d’échange et de support pour toutes les nouvelles entreprises dans le domaine des nouvelles technologies. Pour les futurs événements, l’association Startup Weekend va essayer de se diversifier. Sans doute une diversification géographique dans d’autres ville de Tunisie pour commencer, puis une diversification thématique par la suite. A terme, nous devrions organiser plusieurs événements par ans.

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Pour sortir un article il faudra lui passer sur le corps. Mael ne rigole pas avec la technique journalistique. Son parcours dans le monde impitoyable des médias lui permet d’acquérir une rigueur désarmante. Après avoir fait ses premières armes dans la PQR bretonne, Rue89, LeMonde.fr, Liberation.fr et avoir décroché son premier poste chez Satellinet, Mael fait le choix du frisson en intégrant une rédaction under construction (...)

2 Responses to “54h pour créer une startup dans la Tunisie post-Ben Ali” Subscribe

  1. Tunisie voyage 05/10/2011 at 13:43 #

    J’ai beaucoup d’espoir pour la Tunisie

  2. Jean Jacques Valognes 21/10/2011 at 17:38 #

    Convergence Startup

    Le 29 et le 30 Octobre 2011 à Sidi Bouzid 2 Tables Rondes sont organisées. L’objectif rassembler le potentiel humain, industriel, commercial, entrepreneurial de la région de Sidi Bouzid.
    Pendant 2 jours les acteurs de la vie économique seront invités à parler de l’avenir des entreprises et comment converger vers le succès de l’entreprenariat.

    Mettre en place un guide des bonnes pratiques, mettre en place un réseau avec les acteurs de Convergence Startup qui évoluent en Tunisie, en France et en Suisse. Créer des partenariats pour le développement et surtout la commercialisation de produit. L’idée est de trouver des ressources, distributeurs en Europe pour vendre la production Tunisienne et le savoir faire, nerf de l’économie.

    Partenariat pour faire connaitre les tables rondes de Convergence StartUp et participer aux débats aux tables rondes.
    Faire connaître Convergence Startup.

    Vous pouvez nous joindre:
    En Tunise Mohamed Amine au 22 046 189
    En Europe Valognes Jean Jacques 00 33 (0) 6 62 57 30 20.
    http://www.convergence-startup.com
    Les tables rondes se dérouleront lors du Starup week end de Sidi Bouzid à L’ISET Institut Supérieur des
    Etudes Technologiques.

    pour vous inscrire rendez vous sur le site:
    http://www.convergence-startup.com

    Bonne lecture et à très bientôt.

    Jean Jacques Valognes 06 62 57 30 20
    Coordinateur Afrique-Europe

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