Anne Laure Vincent / Le Web Mis à Nu #15

Anne Laure Vincent, Aufeminin.com, comment être une courroie de transmission et garder son brushing impeccable ?
Article par : Abeline Majorel


Rencontrer Anne-Laure Vincent, c’est aller dans les bureaux d’Auféminin.com sur les Champs Elysées aux aurores et, se faire accueillir par un sourire et une oreille perchée sur des talons, qui vous feraient penser aux premiers  abords, que vous la détestez déjà , parce qu’elle réussit à faire ce que toutes depuis Working Girl, nous rêvons de faire : avoir 4 enfants, un mari, une ligne qui vous permet de rentrer dans un pantalon blanc en 38 sans ressembler à « sauvez willy », des ongles vernis à la perfection, un brushing qui tient dès 8h du matin et un travail passionnant. Puis, elle vous offre le café dont vous rêviez d’une voix douce et vous sentez toute la compassion quasi maternelle d’une femme qui sait combien ce que vous vivez à ce moment là est difficile. Elle vous porte à son bureau avec bonne humeur, traversant des bureaux aux couleurs pimpantes et girly, pas encore investis par ses quelques 200 employés, alors, vous vous sentez légère, compétente et finalement bien coiffée. Vous êtes assise autour d’une table blanche et sobre et vous discutez passion et entrepreneuriat, communauté et famille. Vous et Anne-Laure Vincent, créatrice de Marmiton et responsable d’Au Féminin.com.

Une femme d’expérience

Autour du café, vous apprenez qu’il y a une quarantaine d’années Anne Laure Vincent est née à Toulon, et vous vous étonnez qu’elle n’ait ni l’accent chantant, ni la volubilité des filles du sud. Elle est calme, sereine. En apparence. Parce que le feu de la passion éclaire tout son parcours. On peut le faire commencer par ses études de commerce en Allemagne, qu’elle complète avec un DEA de géographie culturelle à la Sorbonne « incroyable d’utilité encore aujourd’hui, pour comprendre, par exemple les réseaux ».  Elle fait  un stage en entreprise au département marketing d’un monstre de la chimie. Une voie royale s’ouvre à elle. Lors de ce stage, elle travaille sur les psychotropes. Une première fois, elle est interpellée par leurs usages, leur forte consommation en Europe. Anne- Laure réfléchit. Fin du stage, le tapis rouge continue de se dérouler.

Elle est embauchée au département marketing international d’une firme de textile concurrente du Gore-Tex. Mais au bout de 6 mois, elle s’interroge. « J’avais envie d’une expérience de terrain, d’une expérience commerciale. J’ai eu un déclic. J’avais envie de faire, de construire ma vie, je n’avais pas envie qu’on m’impose quoique ce soit.» Elle donne sa démission et remonte ses manches.  Elle rentre comme commerciale dans une imprimerie, sans doute attirée par la communication, les médias, la relation aux autres. Choix audacieux car le secteur est alors un milieu d’hommes en pleine crise. «Je suis arrivée, petite bourgeoise dans un milieu macho. Mais je trouvais intéressant de casser les barrières, d’assumer de part et d’autre ses différences et d’en faire une richesse. Moi j’étais la courroie de transmission. » La recette de son succès est peut-être là. L’imprimerie marche bien, elle y reste 7 ans, apprenant ainsi tout de la chaine graphique, voyant l’envers de la chaine des médias. Sept ans, le temps de faire 3 enfants… et de voir naitre le web en 1995. Elle débute alors au marketing dans une web agency.  C’est là que naitra Marmiton.org

Le plaisir comme valeur

Elle a 32 ans, 3 enfants et ses copines l’appellent régulièrement pour lui demander des astuces de cuisine.  Elle et trois de ses collègues décident de créer Marmiton.org pour apporter des réponses rapides et concrètes. « S’il y a un  levier de création de marmiton, c’est peut être dans les souvenirs émus des relations avec ma mère qui était bonne cuisinière, lorsqu’on faisait des tartes aux fraises et que je posais les fraises une par une sur la tarte. J’ai toujours su que c’étaient des relations riches et instructives.» Alors, pendant 3 ans, en plus de son travail en web agency, elle et ses associés enrichissent Marmiton et y mettent du sens. « On se battait contre l’approche un peu nutritionniste d’il y a 10 ans. On voulait retrouver la valeur du plaisir dans l’alimentation. Et puis, la cuisine ce n’est pas égocentrique comme approche, c’est un autre moyen de s’exprimer. Le repas, c’est convivial, c’est un patrimoine. C’est important de le défendre et cela pose la question de la transmission. »  Pour ce faire, Anne Laure s’appuie sur la puissance du web : des bases de données et du partage de connaissance.  Tout Marmiton est construit en interne.

Elle se lance dans des études à l’Institut des Hautes Études du Goût et fait un mémoire sur le plaisir.  Puis arrive son quatrième enfant et le congé maternité. C’est alors qu’Anne Laure Vincent décide de travailler pleinement à la réussite de Marmiton. Mais, elle tient à le faire dans le respect des valeurs qui la portent. «Une femme peut être révolutionnaire mais dans la douceur. Je crois à l’importance de la transmission. Ma vision de l’innovation, elle passe aussi par là, par la valeur de l’écoute de l’autre. Je crois aussi à l’intelligence collective. Et surtout, je crois aux valeurs positives de plaisir, de générosité et de respect.» Elle et ses partenaires décident alors de faire un partenariat industriel avec une société ayant prouvé par son développement à l’international ses compétences. Au féminin.com et Marmiton sont désormais complémentaires véritablement. Là où chez Marmiton le cœur est dans la communauté, Au féminin  bénéficie d’un éditorial de qualité.  Anne Laure Vincent travaille maintenant à créer des passerelles structurées et organisées entre les communautés et l’éditorial. Elle gère les contenus et la réflexion autour d’eux. « Pour moi, le contenu c’est d’abord le produit. Je ne fais pas le même format selon le produit. Et dans un deuxième temps, l’engagement d’Au féminin c’est de faire accéder l’internaute à autre chose, quelque chose qui lui soit utile. »  Et la communauté ? «  Je crois aux savoir-faire des community managers. Pour une communauté il faut mettre les bons ingrédients dès le départ. Mais le community manager c’est la quintessence du web. Il efface son ego et ne veut que satisfaire la communauté. Il partage et écoute. »

Encore une fois la valeur de transmission est au centre de la réflexion d’Anne Laure. « Ma vision du web est aux antipodes de penser que ce ne sont que des projets froids. L’outil n’est pas une fin en soi. Ce qui donne du sens de la pérennité c’est l’esprit qu’on y met. Le web c’est aussi creuser l’humain. »

«  Quand on voit ce que représente l’entrepreneuriat, c’est finalement un sacerdoce »

Vous êtes dans le bureau bien rangé d’Anne Laure depuis un moment déjà. Vous l’écoutez autant qu’elle vous écoute. Vous admirez le parcours. Et là, une pointe de jalousie nait et vous posez la question inspirée par la perfidie née de votre brushing qui ne tient jamais : mais comment faites vous ? Porter un tel projet ET une famille de 4 enfants, pour vous, cela relève de l’exploit.  Mais pas pour Anne Laure. «Un projet est avant tout l’expression d’une personne. Quand on voit ce que représente l’entrepreneuriat c’est finalement un sacerdoce. En tout cas, moi, je le vis comme ça. Il y a ceux qui pensent projet et ceux qui ont une personnalité qui fait que l’on est passionné et que cette passion s’exprime dans un projet. Moi, cela a été Marmiton et différemment maintenant Aufeminin. J’assume toutes mes facettes. Ce qui m’anime, c’est de construire ! C’est ce qui conditionne mon épanouissement et me permet de prendre plaisir à travailler beaucoup.

Autre aspect important : l’équipe. Je crois que tout seul, on n’y arrive pas, mais si on prend des clones, ce n’est pas constructif, si par contre  on prend des profils différents et que l’on se respecte, là on cartonne.

Ce qui me semble intéressant,  c’est qu’aujourd’hui, la famille, qui était vue comme un frein par beaucoup, est pour moi une force. C’est là que je puise mon énergie. Mais il faut bien se garder du syndrome de la wonder woman : elle n’est déchargée de rien et elle explose en vol. Les femmes doivent prendre leur place légitime dans notre société moderne, mais cela implique une vie personnelle équilibrée. Il faut également de la passion, être convaincue et convaincante.  Mais c’est un combat. »

Encore un petit secret à nous transmettre? « Ma vie n’aurait pas pu être ce qu’elle est si il n’y avait pas internet. La technologie me permet ce que la génération de ma mère ne pouvait pas faire. » Vous écoutez Anne Laure Vincent et vous êtes revigorée, vous vous dîtes que vous allez rentrer, travailler et que votre homme aura l’idée de faire la vaisselle, parce que tout cela est intégré. Ou alors, vous lui ferez lire ce papier pendant que vous surferez sur Marmiton pour trouver de quoi vous régaler. Ou mieux, vous êtes prévoyante : vous  lui envoyez par mail ce papier.

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À propos de Abeline Majorel

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Mieux vaut donner le fantasme de ce qu’on est plutôt que la vérité de ce qu’on est pas. En vérité, Abeline Majorel n’est ni rédactrice ni programmeuse, ni ingénieur ni philosophe. Peut être a-t-elle été ancienne secrétaire du SMC, ou peut être pas … Peut être est elle la fondatrice de Chroniquesdelarentréelittéraire.com et sa community manager et consultante spécialisée dans l’édition ou … journaliste spécialiste de l’interview intime. Peut être est elle Mireille Dumas ou peut être est elle la fille spirituelle de Jeff Bezos … ou peut être rien de tout cela. Elle met pour nous le web à nu mais elle surement pas ! Retrouvez également Abeline sur Twitter : @AbelineM

2 Responses to “Anne Laure Vincent / Le Web Mis à Nu #15” Subscribe

  1. Pal1 06/10/2011 at 00:04 #

    “Ma vie n’aurait pas pu être ce qu’elle est si il n’y avait pas internet.”
    Tu aurais fait autre chose car je suis sûr que tu sais lire dans les étoiles…
    Rassure-moi !

  2. Abeline 10/10/2011 at 16:32 #

    je pense que ce qu anne laure voulait dire , c est que s organiser avec un travail prenant, et une vie de famille remplie est considérablement plus facile à l heure d internet… quand aux étoiles il semble que vous en voyez autant que nous … donc nous sommes rassurés

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