Chapitre 3 : New Orléans, à chaque ville sa spécialité tech

Hors de la zone influente de la « Silicon Valley », que se passe-t-il aux Etats-Unis en matière d’innovation ? Petit détour du coté de la Nouvelle Orléans.
Article par : Elise Nebout


La nouvelle Orléans est un mélange de cultures dont résulte une architecture colorée et tortueuse. C’est ce qui frappe le plus quand on arrive dans cette ville humide. Les colonisations française et espagnole en sont la cause: la ville fut fondée en 1718 par les Français puis cédée en 1962 à l’Espagne, qui renommera les rues et imposera son style architectural. En 1800, la Nouvelle-Orléans redevient française, mais pour peu de temps puisque trois ans plus tard, Napoléon Bonaparte revend la Louisiane aux Etats-Unis, pour 80 millions de francs.

Voilà, la ville est enfin américaine, de grands buildings vont pousser, une immigration haïtienne va venir progressivement enrichir la ville et nourrir sa culture. L’atmosphère y est unique, perpétuellement habité de bruits multiples, musicaux, métalliques. Le Jazz est né là-bas.

Dans ce paysage culturel, quelle est donc la place des startups ? Dur de l’imaginer quand on se balade dans le French Quarter, plein de brocanteurs vendant des meubles anciens et de maisons à colombages qui évoquent plus Autant n’emporte le vent que d’éventuels lieux d’innovation au style industriel.

Pourtant, une fois pénétré les locaux de Launchpad Ignition, un accélérateur situé dans le centre crée en 2009 par quatre entrepreneurs (Chris Schultz, Barre Tanguis, Will Donaldson et Peter Bodenheimer) tout semble à nouveau familier. La scène entrepreneuriale est centralisée par cet espace qui était à l’origine un co-working space et qui propose aujourd’hui une accélération de trois mois à une dizaine de startups.

Sur le perron, nous avons croisé un Startup bus  – ces bus où l’on crée des startups le temps d’un trajet -  lui aussi en route pour Austin à quelques jours du début de la partie interactive du Festival.

Nous avons été accueillis par deux des fondateurs, Chris Schultz et Peter Bodenheimer, qui nous ont expliqué : « Notre mission à la Nouvelle Orléans est de créer un écosystème Tech solide. Une des clés du programme est de s’assurer que les investisseurs locaux et les angels investissent ici, soutenus par des fonds publics », évoquant  un discours et une ambition que nous connaissons bien.

Launchpad Ignition appartient au  réseau TechStars Network, une alliance d’accélérateurs indépendants répartis dans une douzaine de ville aux Etats-Unis et dans le monde. Depuis la création d’Y combinator  et de Techstars  à Boston, les programmes d’accélération se sont répandus un peu partout aux Etats-Unis.L’économie digitale et les nouvelles technologies y créent des emplois et boostent la croissance. Plus que les Etats-Unis, les villes du monde entier reproduisent ce modèle pour favoriser le développement de leur ville. Le gouvernement chilien a ainsi crée en 2010 StartupChile, un programme qui vise à attirer des entrepreneurs du monde entier en leur proposant 30 000 euros de bourse et des locaux. StartupSpain, un accélérateur à Madrid, est sur le point d’éclore, en septembre, dans une Espagne secouée par la crise, qui essuie des taux de chômage les plus hauts depuis quinze ans (plus de 20% de la population active). Idem en Italie, à Milan par exemple, au au Brésil, à Sao Polo.

Mais à force d’être reproduite, la culture startup ne risque-t-elle pas de s’essouffler?
En effet, les mêmes mots fleurissent sur les flyers, les lieux se ressemblent et nous avons rarement été sidérés comme face à quelque chose d’innovant (comme l’explique très justement Paul Graham, le fondateur d’Y Combinator, il y a quelque chose de sidérant et même d’effrayant dans la réelle nouveauté ).

Tout modèle connaît en fait une appropriation culturelle. L’innovation peut, en ce sens, perdurer : rien n’est jamais reproduit à l’identique et chaque ville se développe en fonction de son économie, de sa culture, des intérêts deshabitants. A la nouvelle Orléans par exemple, beaucoup d’applications sont liées au domaine de la cuisine bio, qui a la côte en ce moment. Naked Pizza, une chaîne de livraison de pizzas qui porte le slogan “No freaky chemicals or dine-in”, livre ainsi des pizzas faites d’ingrédients 100% naturels. C’est une réussite de LaunchapIgnitiopn, explique Chris Schultz. Et l’idée a été si attrayante que Mark Cuban, investisseur et  « NBA team owner », a investi dans ce concept, via Kraft GroupCette problématique d’appropriation touche aussi l’écosystème parisien, qui a depuis un certain temps abandonné l’idée de reproduire à l’identique le modèle de la « Silicon valley ».

CONCLUSION

Nous sommes aux Etats-Unis, mère de la culture entrepreneuriale, mais l’écosystème Parisien n’a rien à envier à ses voisins américains qui se situent hors de la zone particulière de la « Valley », référence en la matière. Les écosystèmes y sont, comme en Europe, en Inde ou en Amérique du Sud, en phase de développement. De marginale, la culture geek est devenue populaire. Ce constat est positif. Sa diffusion dans le monde entier la dote d’une allure de culture sans frontières, entérine de nouvelles façons de penser, de travailler, de créer ensemble, succède à des modèles hiérarchiques dépassés et marque une appropriation du collectif par l’individu, autant qu’il prend en main sa propre vie. Cependant, les idées novatrices naissent souvent hors des sentiers battus. Et s’il est facile de s’autoproclamer entrepreneur, il est plus difficile de l’être réellement. Au-delà de la posture d’entrepreneur, celui qui innove n’est pas celui qui rassure mais celui qui surprend, jusqu’à nous effrayer, de prime abord.

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@EliseNebout après deux ans de journalisme dans des revues papier (Philosophie Magazine, revue Médias, Usbek et Rica) et des sites collaboratifs Web TV et Web radio (techtoc.tv et médias2.tv), Elise Nebout est maintenant "community manageur" au Camping, accélérateur de startups. Elle s'occupe du blog, des réseaux sociaux et d'organiser les évènements qui ont lieu au Camping.

One Response to “Chapitre 3 : New Orléans, à chaque ville sa spécialité tech” Subscribe

  1. Seb 17/04/2012 at 14:21 #

    “Nous sommes aux Etats-Unis, mère de la culture entrepreneuriale, mais l’écosystème Parisien n’a rien à envier à ses voisins américains qui se situent hors de la zone particulière de la « Valley », référence en la matière.”

    Il nous manque quand même la “culture entrepreneuriale”, mais les choses évoluent… Thanks to Silicon Sentier et ses petits satellites ;)

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