Gregory Nicolaidis, producteur de Shakespeare 2.0/ Le Web Mis à Nu #6

Rencontre avec Gregory Nicolaidis, producteur, amoureux et passionné par la musique et les mots, créateur de Welovewords.com
Article par : Nirina Thibault



Côté jardin vous trouverez  un créateur,  gestionnaire expérimenté et maitrisant le franglais nécessaire à toute négociation commerciale, ainsi que tous les acronymes qui font la beauté de notre web pour les nuls. Côté cour, Grégory Nicolaidis est producteur, amoureux, et passionné par la musique des mots.  Sur la même grande scène du web, Welovewords.com, il a associé ses deux facettes, sans avoir à jouer ses envies à pile ou face.

Côté jardin : Tout est bien qui finit bien.

Si l’un des participants au concours lancé avec Flammarion sur Welovewords voulait trouver l’inspiration, il pourrait interviewer Gregory Nicolaïdis  et se dire que Shakespeare avait trouvé un titre parfait pour la comédie romantique qu’est sa jeune vie : tout est bien qui finit bien.

Il y a 31 ans à Saint Etienne, la scène d’exposition de la pièce Grégory Nicolaidis se jouait dans la joie pour ses deux parents parisiens exilés.  Dans la famille Nicolaîdis, on aime la vie lumineuse : Père et Mère sont descendus au pays des  Verts  pour créer une entreprise de design spécialisée dans la fibre optique et  reviennent ponctuellement pour éclairer la Tour Eiffel à la Capitale. A peine né, Grégory rêve de lumières astrales. Curieux, rêveur, un peu fainéant, il est surnommé Mermoz. A la maison, l’ambiance est à l’invention folle et la devise : on bosse et on s’aime.

Mais Mermoz doit bien s’envoler un jour et pour acquérir les galons nécessaires : Grégory s’inscrit à l’ESCP. Pendant la formation, il volera de Paris à Oxford, faisant un crochet par Berlin avant de revenir pour finir sa thèse sur l’industrie musicale. En 2002, il est dans les coulisses des Victoires de la Musique que ses parents éclairent. Déjà plongé dans l’innovation, Grégory interviewe des artistes, Noah, Souchon, Sinclair sur leur vision du MP3. Au culot, il aborde Pascal Nègre, grand patron de l’industrie du disque et lui porte la contradiction, pour ne pas dire l’estocade. Gentlemen, ils s’échangent leur carte de visite, celle que Grégory avait imprimée le matin même comme « à la guerre » dit il.  Quelques mois plus tard, Grégory rappelle à la tête d’Universal  que  « c’est le moment où jamais de l’embaucher ». Un pied de nez qui atteindra sa cible et le propulsera 15 jours plus tard chez Mercury.

Une fois de plein pied sur la grande scène du monde de la musique, Grégory n’a qu’une volonté : ne pas s’endormir. Il  arpente les plateaux, entrainant avec lui les artistes dont il a la charge :  de Faudel à Bregovic. Il parcourt les planches en courant après le temps, celui d’une industrie en pleine reconversion, tentant de rattraper le retard en produisant des clips en flash pour Calogero par exemple. Mais, Grégory n’est pas qu’un acteur physique, il réfléchit aussi au modèle qu’il serait nécessaire de développer pour poursuivre la mutation de cette industrie. En plein débat pré Hadopi, il défend une position sans naïveté, trouvant la licence globale maline et admirant un Deezer par exemple. S’il est une pente que Grégory veut suivre, à part ses propres inclinaisons, c’est celle des cycles technologiques.

Ses préférences à lui vont vers le mélange : celui des genres, des publics, des contenus. « J’avais du mal à m’atteler à un seul genre, un seul contenu en particulier dit Grégory Nicolaïdis, je ne voulais pas rester dans mon microcosme. » Il s’interroge alors : pourquoi chaque contenu aurait sa plateforme particulière ? pourquoi ne pas décloisonner, créer des passerelles vers les auteurs ? pourquoi ne pas redorer le blason du texte, qu’il considère comme transversal, et en faire un vrai contenu numérique ?  Fin avec brio du premier acte. Il quitte Mercury. Tout est bien qui finit bien.  Commence alors l’épopée Welovewords.com, la marche vers la gloire…. Et Lady Gaga.

Côté cour : The Fame Monster.

Contrairement à Lady Gaga, Grégory n’est pas Speechless : il aime le mot connecteur, le mot communicant, il pratique l’accroche, le mot qui continue à voler après avoir été posé.  Il aime dépoussiérer la langue, celle qui claque sur le palais comme dans l’oreille.  Alors, Grégory décide de chercher les gens qui savent jouer avec, ceux qui sont dans son époque, comme lui. Son âme est celle d’un producteur, celle d’un découvreur de talents. Il cherche un modèle, le trouve avec Welovewords.com, plateforme de crowdsourcing , de services et surtout de partage  pour les amoureux des mots.

Commence alors la partie épique de la pièce Grégory Nicolaïdis, qu’on pourrait sous-titrer : où Lady Gaga rencontre Shakespeare sur le champ de bataille. Car, pour réaliser son projet, Grégory Nicolïdis a commencé par s’autofinancer «  en mode guérillero, dit-il, en mode chevalier des mots ». Poussant l’implication jusqu’au bout, il a même présenté un «  conte2.0 » dans le dossier répondant à un des appels à projet de NKM, alors ministre de l’économie numérique : la princesse NKM est encerclée dans un château dans lequel les mots perdent de leur sens, et attaqué par des virus, quand Grégory Nicolaïdis et son équipe de chevaliers des mots viennent à sa rescousse pour la délivrer.  Comme beaucoup de dramaturges en leur temps, la scénette n’a pas plus à la ministre. Qu’importe, il relève le gant et cherche du financement indirect : il trouve AF83, la région Ile de France, le CFI, et d’autres.

Convaincu que pour chaque auteur il y a un lecteur, Grégory persiste dans cette recherche d’une vraie belle écriture française moderne au travers de sa plateforme. Il crée des partenariats, tant avec Transfuge qu’avec Paris en toutes lettres, où il fera des découvertes spectaculaires de slameurs notamment. Car auteur, pour Grégory, c’est celui qui manie les mots, dans le roman, la poésie comme dans le slam. Et tous méritent leur quart d’heure de gloire. Mieux encore, Grégory pense qu’à l’heure d’internet, si des auteurs de qualité peuvent apprendre à utiliser internet, ils l’auront tous.  Avant de trouver ses contenus de qualité, il a patienté 6 mois en relisant ses auteurs favoris : Kerouac, Rilke, Fante, Toussaint, Houellebecq, et l’ «Adieu Gary Cooper» de Gary.

Peut être la consécration viendra-t-elle de sa dernière opération en partenariat avec Flammarion à la recherche du nouvel auteur de comédie romantique français. Son rôle n’est pas et ne sera pas de se substituer aux éditeurs, mais d’être un défricheur, un dénicheur de talents. Il se vit comme un partenaire, en amont, un outil d’aide à la décision. Il tient au rôle de l’éditeur, à son travail, ne veut pas se substituer, comme il ne veut pas remplacer sa pétulante directrice artistique Sophie Blandinières. Il arrive enfin au bout de l’épopée, et après beaucoup de bruit pour rien, joint par téléphone celle qui sur scène comme à la ville est sa compagne Maxence, dont il produit l’album. Tout est bien qui finit bien.

Portrait réalisé par Abeline Majorel
Photo: Le Web Mis à Nu – Claire Dorn

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À propos de Nirina Thibault

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Follow @nirinatweet La responsable du projet Silicon Maniacs? Elle chante la vie, danse la vie, elle dit que la vie c’est fait de rencontres. Elle voulait être rockstar, et continue à croire qu’il n’est jamais trop tard pour monter dans le minibus direction la route 66. D’ailleurs elle n’est jamais contre un pas de danse associé à un playback de Nina Simone. En attendant, elle aime bien faire peur aux gens quand elle dit qu’elle travaille dans « les nouvelles technologies ». Bouh!Sinon, elle pense que fumer une cigarette, ça donne de l’inspiration, que travailler la nuit, c’est bien mais aussi qu’il faudrait un jour penser à reprendre un rythme normal. Bref, elle pense beaucoup. @nirinatweet

One Response to “Gregory Nicolaidis, producteur de Shakespeare 2.0/ Le Web Mis à Nu #6” Subscribe

  1. vincent ricordeau 28/01/2011 at 13:11 #

    Bravo mon cher pour ce portrait fleuri et fidèle !

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