Le web à l’Elysée : out of memory error ?

Ce mercredi matin, la fine fleur du web-entreprenariat était invitée sous les dorures de l'Élysée, pour l'intronisation du tout nouveau Conseil National du Numérique.
Article par : Mael Inizan


Ce mercredi matin, la fine fleur du web-entreprenariat était invitée sous les dorures de l’Élysée, pour l’intronisation du tout nouveau Conseil National du Numérique (CNN), annoncé fin 2010 par le ministre Eric Besson . Un web « encravaté » qui a pu entendre un discours en forme de reconnaissance du poids d’internet dans l’économie française, voire même parfois de mea culpa sur la politique du gouvernement.

Du « Far West » à l’internet comme « formidable progrès »

Oublié le « Far West » ou la « zone de non-droit » dans le champs lexical du président. Internet est désormais le moteur de l’économie française. « Internet est plus qu’une technologie ou qu’un media. C’est un secteur qui pèse plus lourd que l’énergie ou le transport », introduit le président. Un quart des nouveaux emplois créés depuis 5 ans et 3,5% du PIB, soit 70 milliards d’euros : « Le rôle de l’État est d’abord de reconnaître qu’Internet est un formidable progrès », martèle Nicolas Sarkozy, dans une longue introduction pleine de références à la lutte contre la fracture numérique, à l’Open Data, tout comme au rôle d’internet dans l’émancipation des peuples. Un préambule dans lequel le président français s’est néanmoins bien gardé de toute mention de la très décriée loi LOPSI 2, ni du controversé décret relatif à la conservation de données de connexion des internautes. Un oubli, sans doute.

C’est cependant l’ambition affichée de ce nouveau Conseil National du Numérique : éviter les couacs et les bras de fer en facilitant le dialogue entre le gouvernement et les acteurs du secteur de l’internet. « Je prends d’ailleurs ma part de l’erreur », a consenti Nicolas Sarkozy, évoquant autour de l’Hadopi « une maladresse » de communication qui a été perçue comme une attaque envers les internautes et certains entrepreneurs. « Hadopi n’a jamais été une fin en soi. C’est une solution, imparfaite, trouvée à un moment donné de l’histoire (…) Je suis prêt à signer la fin de l’Hadopi, si vous me proposez une autre solution », a-t-il ajouté pour illustrer le rôle du CNN.

Composé de 18 membres nommés par la présidence (voir ci-dessous), le Conseil National du Numérique sera libre de ses saisines et de ses avis sur tous projets susceptibles d’avoir un impact sur l’économie numérique. « A lui de s’organiser », commente Nicolas Sarkozy. Il aura un rôle consultatif auprès du gouvernement et des parlementaires. Ce conseil devrait en outre directement rencontrer le président de la République trois à quatre fois par an. Il doit ainsi éviter que des textes soient votés par des députés et des sénateurs qui ne mesurent pas toujours tous les tenants et les aboutissants de leurs décisions. Nicolas Sarkozy s’offre ainsi l’image d’un président ouvert à la discussions et prêt à se remettre en question. « Je ne veux plus que l’on puisse dire ‘je n’ai pas pu défendre mes opinions’ », insiste-t-il.

Un web d’entrepreneurs

Quant aux critiques sur la composition du CNN, notamment sur l’absence de représentants des internautes et des éditeurs de contenus en ligne, il les balaie d’une phrase : « Les éditeurs de contenus et les consommateurs ont déjà leurs représentants ». Une position qui contraste avec ses propos préliminaires sur le nécessité de s’appuyer sur les nouvelles technologies pour introduire de la transparence et de l’ouverture. Mais, pour Nicolas Sarkozy, internet apparaît ainsi d’abord comme un monde d’entrepreneuriat et de business. Un boulevard pour le PS, qui ne manque pas de souligner dans un communiqué publié en fin d’après-midi le mode de nomination et la composition du CNN : « Internet a réussi en France et ailleurs grâce à des communautés multiples, entrepreneurs, innovateurs, artistes, militants associatifs et enseignants, avec les internautes eux-mêmes ».

« C’est d’abord les entrepreneurs qui ont fait le web », lâche de son côté en riant Jean Baptiste Descroix Vernier pendant le cocktail servi à la fin du discours. Fondateur de Rentabiliweb et membre du CNN, il considère que la composition du conseil devrait être suffisamment ouverte pour permettre de travailler librement et d’aborder tous les grands enjeux. Pas de « pro de la politique » et un « éventail de compétence et de carnets d’adresses très large ». A son agenda : d’abord la taxe Google, Hadopi et puis « graver la neutralité du net dans le marbre ».

Si sur Twitter le discours du présidents a suscité un vent de critiques et de commentaires narquois, à l’Élysée les invités sont plus timorés. Tout juste regrette-t-on la composition si fermée du conseil, tout en s’interrogeant sur les prétentions électorales cachées derrière le revirement de position du président de la République. En tout cas vu de loin, car le service de sécurité prend soin d’écarter les journalistes des discussions qu’engage le Chef de l’État avec les invités (« Veuillez rester derrière la cordelette avec les autres rédacteur s’il vous plaît monsieur »).

Paul Da Silva, le président du parti Pirate français, qui a réussi à s’inviter malgré son retrait de la liste par le ministère de la Culture, ne peut pas s’empêcher de remarquer que le discours du président est en total désaccord avec la politique que mène le gouvernement depuis 4 ans : « Soit le président a eu une révélation quant à l’intérêt d’internet, soit on a eu affaire au candidat Sarkozy, conscient de l’importance des électeurs acquis à sa cause, plus que des enjeux économiques et sociétaux réels de la nouvelle économie et surtout de la nouvelle richesse qu’est internet ».

La composition du Conseil National du Numérique :

Gilles Badinet, fondateur de Musiwave, Eyeka, CaptainDash
Patrick Bertrand
, directeur général de Cegid
Jean-Baptiste Descroix-Vernier
, PDG et fondateur de Rentabiliweb
Giuseppe Di Martino
, secrétaire général et directeur juridique de Dailymotion
Franck Esser
, PDG de SFR
Emmanuel Forest
, directeur général délégué de Bouygues S.A.
Gabrielle Gauthey
, vice-présidente exécutive d’Alcatel-Lucrent
Pierre Louette
, directeur exécutif et secrétaire général d’Orange-France Télécom
Alexandre Malsch
, fondateur de Melty
Daniel Marhely
, co-fondateur de Deezer
François Momboisse
, responsable du développement et des nouvelles technologies chez Fnac.com
Xavier Niel
, fondateur d’Iliad-Free et de Kima Ventures
Jean-Pierre Remy
, PDG de PagesJaunes.fr
Marie-Laure Sauty de Chalons
, PDG d’AuFéminin
Marc Simoncini
, PDG et fondateur de Meetic
Jérôme Stioui
, PDG et fondateur d’AD4screen
Bruno Vanryb
, PDG et fondateur d’Avanquest Software
Nicolas Voisin
, fondateur d’Owni et 22 mars

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Pour sortir un article il faudra lui passer sur le corps. Mael ne rigole pas avec la technique journalistique. Son parcours dans le monde impitoyable des médias lui permet d’acquérir une rigueur désarmante. Après avoir fait ses premières armes dans la PQR bretonne, Rue89, LeMonde.fr, Liberation.fr et avoir décroché son premier poste chez Satellinet, Mael fait le choix du frisson en intégrant une rédaction under construction (...)

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  1. William 29/04/2011 at 14:16 #

    Mais pourquoi Silicon Sentier ne fait pas partie du CNN ? C’est bien dommage :(

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