Net-Art Collection #3 : les hacks vidéos

Comment les artistes détournent-ils les outils du web ? Le troisième épisode de la série consacrée aux braconnages artistiques, avec cette semaine les hacks de vidéos.
Article par : Mael Inizan



Depuis la seconde moitié des années 1990, des artistes utilisent le web comme un matériau à part entière. Sites internet, moteur de recherche, réseaux sociaux ou mondes virtuels : ils détournent les outils que nous utilisons quotidiennement sur internet pour questionner nos usages et nos représentations du réel. Silicon Maniacs vous propose une revue non-exhaustive de ces hacking artistiques. Après Google Map et Google Search, Silicon Maniacs s’intéresse cette semaines aux hacks de vidéos.

Chaque minute, c’est plus de vingt-quatre heures de vidéos qui sont uploadés sur la seule pateforme Youtube. Bien plus que notre mémoire, ces centaines de millions de vidéos sont une expression de notre identité collective. Une nouvelle forme de témoignage que se sont réapproprié de nombreux artistes.

Constant Dullard est un artiste néerlandais que nous avons déjà évoqué dans le premier épisode de cette série, pour ses détournements de la page d’accueil du moteur de recherche de Google. L’artiste s’est appliqué a détourner avec le même soin le player de Youtube, pour son projet “Youtube as a Subject” (2008). “Le bouton Play est le point de départ, peu importe qu’il s’agisse d’un mème video, d’une performance de Joseph Beuys, d’un Screen Test de Warhol ou d’un tutoriel vidéo. Chacune d’entre-elles commence avec la-même image”, explique Constant Dullard, dans une interview accordée au site NetworkCultures.org. Dans cette série, l’artiste fait du bouton Play le sujet unique de six vidéos, allant même jusqu’à l’animer sur une bande son disco.

L’artiste français membre du collectif Microtruc, Julien Levesque, interroge avec la même ironie la popularité du player vidéo de Google. Dans la vidéo “Most Viewed, All Time, All Category, All Language” (2007), c’est cette fois le curseur de la barre d’avancement de la vidéo qu’il met en scène dans une vidéo de 1,55 minutes.

The Wilderness Downtown est un site et un clip interactif d’Arcade Fire fait pour être lu dans un navigateur web et dont nous aurions également pu parler dans le premier épisode de cette série. Pour la sortie de leur troisième album, The Suburbs (2010), les canadiens ont conçu un dispositif dans lequel ils invitent les internautes à entrer leur adresse. Le clip se charge dans une multitude de fenêtres qui apparaissent au fur et à mesure de la chanson, en associant des vidéos à des images de Google Map et Google Street View.

Math Wrath, un net-artiste qui laisse peu d’indices sur sa véritable identité. Il / Ils /elle travaille(nt) autour du jeux vidéo, du gif animé, de l’univers de la SF et du détournement de mème vidéos. Math Wrath signe ainsi “Online Dating”, une œuvre poétique autour d’un dîner romantique sur Youtube.

De nombreux artistes se sont essayés à la confrontation de vidéos publiées en ligne. Le net-artiste John Michael Boling, que nous avons déjà croisé la semaine dernière, signe ainsi son propre remake IRL du film Quatre mariages et un enterrement (Four Weddings and a Funeral – 2004), à partir de quatre vidéos publiées issues du site de partage Youtube. Au hasard d’une visite de son site, on pourra également tomber ce un duo entre un professeur anglais et un beatboxer.

Sur une note un peu plus kitsch, le compositeur américain Eric Whitacre a réunit 185 personnes de 12 pays différents pour créer une chorale Youtube (2010). Il a ainsi demandé à chacun des participants, choisit par casting, d’enregistrer sa voix sur Youtube avant de rassembler l’ensemble de ces vidéos au sein d’une seule production.

Artiste néerlandaise installée en France, Annie Abrahams s’interroge sur les relations interpersonnelles dans un monde de plus en plus connecté et médiatisé. Pour son projet de recherche artistique Huit Clos / No Exit (2010), elle a demandé à 6 acteurs d’exécuter une performance, chacun devant leur propre webcam. Rassemblées au sein d’une unique production, les acteurs deviennent des personnages multiples, des mutants.

Mutant II from Annie Abrahams on Vimeo.

3 hours in 1 second! or What can i say with just one playlist ?” est une exposition organisée à Berlin, en février 2010, par CuratingYoutube.org. Les organisateurs ont invité 14 artistes, chercheurs et conservateurs à concocter leur propre playlist, à partir de vidéos trouvées sur Youtube. Publiées sous la forme de murs de 4 à 20 vidéos, les sélections présentées sont disponibles en ligne sur le site de exposition. En vrac : l’artiste américain Joel Holmberg, signe Pups ans Order , une série de 20 vidéos de chiens hurlant à la mort devant le générique de la série Law and Order. L’allemande Sandra Naumann propose une réflexion sur les remix. Le péruvien Carlos Leon Xjimenez affiche simultanément neuf comptes à rebour dans L’attente, tandis que Simon Ruschmeyer rassemble neuf vidéos d’enfants hystériques sous le sapin de Noël.

En attendant le prochain numéro de Net-Art Collection, qui sera consacré au réseaux sociaux, les sites YouTube Doubler et YouThreeb vous permettent d’associer deux ou trois vidéos pour réaliser et publier vos propres associations de vidéos.

À lire également sur Silicon Maniacs :

  • Mamie, c’est quoi un Hacker ? : Depuis mars 2008, la net-artiste Albertine Meunier anime les “Tea Time With Albertine”, un atelier d’exploration numérique réservé aux « vieilles dames » de plus de 77 ans.
  • Hypertexte en papier : La designeuse allemande Maria Fisher introduit la notion de liens hypertextes dans un livre papier.

Tags: , , , , ,

--------------------------------------------




Pour sortir un article il faudra lui passer sur le corps. Mael ne rigole pas avec la technique journalistique. Son parcours dans le monde impitoyable des médias lui permet d’acquérir une rigueur désarmante. Après avoir fait ses premières armes dans la PQR bretonne, Rue89, LeMonde.fr, Liberation.fr et avoir décroché son premier poste chez Satellinet, Mael fait le choix du frisson en intégrant une rédaction under construction (...)

No comments yet.

Leave a Reply