Net-Art Collection #6 : Final episode

Comment les artistes détournent-ils les outils du web ? Le dernier épisode de notre série consacrée aux braconnages artistiques sur internet.
Article par : Mael Inizan


Depuis la seconde moitié des années 1990, des artistes utilisent le web comme un matériau à part entière. Sites internet, moteur de recherche, réseaux sociaux ou mondes virtuels : ils détournent les outils que nous utilisons quotidiennement sur internet pour questionner nos usages et nos représentations du réel. Silicon Maniacs vous propose une revue non-exhaustive de ces hacking artistiques. Après Google Map et Google Search, les vidéos, les réseaux sociaux et les mondes virtuels,  le dernier épisode de notre série sur les braconnages artistiques.

Nous avons déjà parlé de Julien Levesque, notamment pour ses Street View Patchwork. Parmi ses nombreux autres projets, Dossier mérite un instant d’attention. Avec beaucoup d’humour, l’artiste français joue avec les arborescences et invite le spectateur à explorer une histoire à choix multiples à travers un dédale de dossiers et de sous-dossiers.

A consulter également, My Empty Gallery, une galerie d’image indiquant l’absence de photo disponible glanées par Julien Levesque au cours des ses navigations.

NeuroZappingFalks est une visualisation d’une navigation non-linéraire de liens en liens. A partir de comptes Deli.cio.us, l’algorithme du dispositif crée automatiquement un graphique en trois dimensions qui représente un cheminement à travers les tags associés à chaque URL partagée sur le site de marque-pages. “NeuroZappingFalks est alors une représentation d’un cerveau perdu sur le web (perdu entre les serveurs, mais également dans la double identité d’internet : les mots et l’image)”, explique son auteur, l’artiste colombien Santiago Ortiz, ajoutant que “l’absence d’interactivité de l’œuvre peut être vue comme une névrose de l’application elle-même, simulant la navigation frénétique dans le web”.

Nous l’avons évoqué dans le second et le cinquième épisode de cette série d’articles, pour ses projets Epiphanies, Google AdWords Happening ou encore Second France. L’artiste français Christophe Bruno est également l’origine de Wifi-SM (2003) : “Vous avez l’impression que les désastres du monde ne vous touchent plus ? Vous vous sentez vaguement concerné par les malheurs des autres mais vous ne ressentez plus l’urgence d’aider votre prochain ? WiFi-SM est la solution !” Cette fausse publicité faisait la promotion d’une puce connecté au WiFi et réagissant à certains nombre de mots clés dans un corpus des sources d’actualité (“mort, crime, meurtre, torture, viol, guerre, virus”) en envoyant une décharge électrique à son porteur, lui promettant de lui faire “vivre le spectacle de la douleur”. Après le succès de cette “guérilla marketing”, l’artiste a réalisé trois ans plus tard un véritable prototype.


Figure du Net-Art américain, l’artiste Aaron Koblin a réuni plus de 2 000 personnes pour les inviter à écouter un court extrait sonore puis à enregistrer leur voix, imitant ce qu’ils venaient d’entendre. En assemblant ces fragments de voix humaines, l’artiste a composé “A Bicycle Built for Two Thousand”, une réinterprétation d’une chanson du 19e siècle, «Daisy Bell», qui fut également le premier morceau joué par synthèse vocale, en 1962.


Co-fondateur du collectif français d’art en ligne Téléférique (1999 – 2005), Etienne Cliquet a souhaité prendre de la distance avec la surenchère technologique pour se consacrer à l’origami. Sur son site, Ordigami.net, il met en ligne des répliques en papier de carte mère, clavier, carte Ethernet (2005) ou s’interroge sur le taux de pénétration d’Internet dans treize pays, sous la forme de Statistiques Internet. En autorisant le téléchargement de ses origamis et en diffusant les codes sources, il fait de ses création des œuvres Open Source.

Crédits photographiques : Sonia Marques

Imaginant un scénario proche de celui de Fahrenheit 451 dans lequel les livres proscrits finissent en autodafé, l’artiste David Guez s’est lancé dans le projet Humanpédia. Pour lui la “source de connaissance universelle” est aujourd’hui Wikipédia et l’artiste entend protéger l’encyclopédie en ligne collaborative de tout orages magnétiques, destruction des serveurs principaux du réseau internet, fragilité des moyens de conservation (CD, DVD, disque dur…) ou encore gestion par des  par des entreprises privées… “Ce patrimoine universel de notre civilisation du tout numérique ne peut se passer de la question de la pérennité des données hors de ces contextes technologiques”, insiste l’artiste. David Guez a ainsi mis en place un dispositif où chaque participant devient le dépositaire d’une partie de se savoir en prenant en charge une séquence de Wikipédia. “Ainsi pourrait se former dans groupes  ayant connaissance d’un même segment, dans la même langue ou de langue différente, ceux qui auraient choisi un texte inédit…puis imaginer ces performances de lectures à plusieurs centaines …une sorte de disque dur humain à l’échelle mondiale”, explique-t-il.


Enfin, l’artiste Mathieu Tremblin, dont nous avions déjà parlé pour ses Twittoeuvres, joue avec les codes de l’art urbain et du digital pour inventer le nuage de Tag IRL.

À lire également sur Silicon Maniacs :

  • Mamie, c’est quoi un Hacker ? : Depuis mars 2008, la net-artiste Albertine Meunier anime les « Tea Time With Albertine », un atelier d’exploration numérique réservé aux « vieilles dames » de plus de 77 ans.
  • Hypertexte en papier : La designeuse allemande Maria Fisher introduit la notion de liens hypertextes dans un livre papier.

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Pour sortir un article il faudra lui passer sur le corps. Mael ne rigole pas avec la technique journalistique. Son parcours dans le monde impitoyable des médias lui permet d’acquérir une rigueur désarmante. Après avoir fait ses premières armes dans la PQR bretonne, Rue89, LeMonde.fr, Liberation.fr et avoir décroché son premier poste chez Satellinet, Mael fait le choix du frisson en intégrant une rédaction under construction (...)

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