Net-Art Collections #2 : Google Search

Comment les artistes détournent-ils les outils du web ? Silicon Maniacs inaugure une nouvelle série consacrée au braconnage artistique sur internet. Cette semaine le hacking de Google Search.
Article par : Mael Inizan


Depuis la seconde moitié des années 1990, des artistes utilisent le web comme un matériau à part entière. Sites internet, moteurs de recherche, réseaux sociaux ou mondes virtuels : ils détournent les outils que nous utilisons quotidiennement sur internet pour questionner nos usages et nos représentations du réel. Silicon Maniacs vous propose une revue non-exhaustive de ces hacking artistiques. Après Google Map, Google Earth et Google Street View,  Net-Art Collection s’intéresse cette semaine à Google Search.

Difficile aujourd’hui d’imaginer internet sans Google. Sa capacité à trier et hiérarchiser de gigantesques quantités d’informations a donné à la firme de Mountain View une place centrale sur le web, au point d’entrer dans notre vocabulaire courant (“googliser”). Si le moteur de recherche facilite l’accès à la connaissance, il façonne également notre manière de percevoir le monde et contribue à faire émerger de nouvelles sémantiques. Une relation ambiguë sur laquelle se sont interrogés de nombreux net-artistes.

Basé à Berlin, Constant Dullaart a créé “Internet Revolving” (2010), littéralement “internet pivotant”. Sur la mélodie de “Windmills of Your Life”, il fait tourner sur elle-même la page d’accueil du moteur de recherche, invitant les internautes à naviguer dans un web en pleine rotation. Ce travail fait partie d’une série de détournements de la page d’accueil du moteur de recherche, avec notamment the Sleeping Internet, The Disagreeing Internet ou encore The Doubting Internet.

Membre du célèbre Surfing Club Nasty Net, John Michael Boling signe Lords Of the Flyes (2006), avec l’artiste Javier Morales. Dans cette vidéo, des dizaines de curseurs de souris s’agglutinent autour de la barre de recherche d’une page Google, parodiant le pouvoir de Google sur ses utilisateurs. Nous aurons l’occasion de reparler de ce duo d’artistes dans un prochain article de cette série consacrée à Youtube, notamment pour une parodie du film Quatre mariage et un enterrement.

A l’occasion du projet de curation “Google Art, or How to Hack Google” organisé par Rhizome, un site communautaire référant sur le net-art, l’artiste polonais Piotr Parda détourne le célèbre logo du moteur de recherche. Régulièrement réinterprété par Google lui-même à l’occasion de rendez-vous comme les JO ou la Saint-Valentin, l’artiste met cette fois le logo de Google aux couleurs des événements tragiques de l’actualité, pour son projet “On Occasion” (2007) : la crise du Darfour, la montée des groupes extrémistes Néo-Nazis, le réchauffement climatique ou de l’épidémie de SIDA.

L’artiste français Gregory Chatonsky s’intéresse de son côté à la manière dont la réalité, la fiction tout comme le passé et le présent cohabitent sur un même plan dans le moteur de recherche Google. “Traces of a Conspiracy” interroge les nouvelles formes de narration. Sur une bande son digne d’un thriller, le dispositif combine aléatoirement des images de Google Map, de Flickr et des extraits de textes issus de Google pour produire un récit dans une atmosphères de complot et de machination.


Les artistes Marika Dermineur et Stéphane Degoutin ont créé la Google House, une dispositif qui construit automatiquement une maison à partir d’images de pièces d’habitation (living room, tv room…) trouvées sur Google image.


Net-artiste incontournable de la scène française, Christophe Bruno s’est fait notamment connaître pour ses “parasitages” de l’algorithme de Google. En 2001 il créé Epiphanies, un générateur de poésies qui collecte aléatoirement des extraits de phrases via Google à partir d’un mot clé rentré au préalable. L’année suivante, il organise Google AdWords Happening, une campagne publicitaire poétique sur Google, lors de laquelle il achète des mots clés et remplace le texte publicitaire par un poème décalé. Un travail qui remportera une mention d’honneur lors de l’édition 2003 du prix Ars Electronica.

GWEI (Google Will Eat Itself) est un vaste stratagème machiavélique dont l’ambition affichée est de redonner le contrôle de Google à ses utilisateurs. Initié en 2006 par le collectif d’artistes autrichiens Ubermorgen, Alessandro Ludovico (rédacteur en chef du magazine Neural) et Paolo Cirio (du collectif [epidemiC]), le plan repose sur l’affichage des liens publicitaires de Google (les Google AdSenses) sur un réseau caché de sites internet. L’argent récolté est alors déposé sur un compte banquaire qui doit automatiquement acheter des actions de Google. “Nous achetons Google avec leurs propres publicités ? Google se mange lui-même”, résument les initiateurs du projet. Selon le compteur affiché sur la homepage de GWEI, ils devraient entièrement posséder Google dans 202 345 117 ans…

Membre du collectif Microtruc, dont nous avons déjà parlé la semaine dernière, la Net-Artiste française Albertine Meunier réfléchit de son côté sur les traces que l’on égrène consciemment ou non sur le réseau. Depuis 2006, elle consigne méthodiquement son historique de recherche Google, dans “My Google Search History”. A travers ces multitudes de requêtes, elle dessine ainsi son propre portrait numérique.


L’artiste berlinois Aram Bartholl partage ce questionnement sur notre identité en ligne. “Presque tout le monde s’est déjà ‘googlisé’ lui-même au moins une fois (…) D’une certaine manière, les 10 premières entrées d’une page de résultats de recherche Google représentent le portrait moderne”, explique l’artiste. Un portrait qui évolue automatiquement en fonction des modifications de l’algorithme de Google et de l’apparition de nouvelles traces. L’artiste a ainsi réalisé quatre auto-portraits sous la forme de QR code, qui renvoient vers une recherche sur son nom sur Google.com et sur les version chinoise, coréenne et allemande du moteur de recherche.

Enfin, l’artiste italien Filippo Minelli à peut-être de son côté percé la symbolique de l’ancien service Google Answers, fermé en 2006.

Retrouvez un troisième épisode de Net-Art Collections consacré au hacking de Youtube,  jeudi prochain.

En attendant, n’hésitez pas à partager vos liens dans les commentaires.

À lire également sur Silicon Maniacs :

  • Mamie, c’est quoi un Hacker ? : Depuis mars 2008, la net-artiste Albertine Meunier anime les “Tea Time With Albertine”, un atelier d’exploration numérique réservé aux « vieilles dames » de plus de 77 ans.
  • Hypertexte en papier : La designeuse allemande Maria Fisher introduit la notion de liens hypertextes dans un livre papier.

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Pour sortir un article il faudra lui passer sur le corps. Mael ne rigole pas avec la technique journalistique. Son parcours dans le monde impitoyable des médias lui permet d’acquérir une rigueur désarmante. Après avoir fait ses premières armes dans la PQR bretonne, Rue89, LeMonde.fr, Liberation.fr et avoir décroché son premier poste chez Satellinet, Mael fait le choix du frisson en intégrant une rédaction under construction (...)

2 Responses to “Net-Art Collections #2 : Google Search” Subscribe

  1. fabien mousse 04/05/2011 at 23:02 #

    Enfin des gens qui se soucient de ce qui se passe dans le netart.
    Prochaine étapes le netart Francophone ?

  2. merijn bolink 05/05/2011 at 00:48 #

    the rotating web is smashing! powerful yet very simple idea yet complex beyond imagination for an outsider. compliments!

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