Pearltrees : la bibliothèque aux 100 milles curateurs

Il y a un an et trois mois, la version Beta de Pearltrees était lancée. Aujourd’hui, ils annoncent avoir atteint la barre des 100 000 utilisateurs avec 10 millions de pages vues par mois. Nous avons croisé Patrice Lamothe, son PDG à la sortie d’une conférence de sociologues concernant le curating, pas si étonnant.
Article par : Jessica Chekroun


Lorsqu’on lui demande quel est son parcours, il pousse un soupir “j’ai fait pas mal de choses” : ingénieur, chercheur en sociologie, consultant en stratégie dans les médias…. L’idée de Pearltrees lui serait venue alors qu’il publiait un papier dans la revue française de sciences politiques en 2006 sur la théorie des réseaux mais qui “n’avait rien à voir avec le web”. A l’époque, on se demandait si des initiatives comme Wikipedia et Youtube allaient fonctionner. Deux ans plus tard,  Pearltrees, est “un petit projet dans un appart en 2008”. Il part de ce constat simple : il y a énormément de contenu sur le Web, comment laisser l’internaute se l’approprier en l’organisant à sa guise ?

Une bibliothèque augmentée

Tout d’abord Pearltrees permet d’organiser le contenu que vous visitez sur le Web. Il y avait delicious, Pealtrees le fait en mieux. Son ergonomie est bien plus agréable. C’est un peu le combat qui a pu opposer les titans du gestionnaire de flux RSS. Il y avait Google Reader et Netvibes, puis un jour naquit Feedly. Pearltrees permet de bookemarker les pages qui vous intéressent et de les organiser dans des dossiers. Mais sa force est la visualisation sous forme d’arbres. Une cartographie du Web, de votre Web.

Le pearltrees de TedX Paris

Rajoutez y une pointe de curation et l’on obtient cette nouveauté qui fait mouche. En effet, une fois sélectionnées quelques perles sur un sujet, il suffit de cliquer sur l’onglet “voisins”, et voilà qu’apparaissent les perles d’autres utilisateurs ou communautés d’utilisateurs qui se sont intéressés à des sujets proches. L’intérêt n’est peut être pas alors l’exhaustivité, mais plutôt de se balader au gré des perles laissant agir la sérendipité.

« Organiser le contenu comme une bibliothèque, mais ouverte .»

On saisit ici ce qui différencie “l’arbre de perle” des outils utilisés dans le cadre de la curation : Facebook donne des liens postés par des amis ou connaissances, Twitter permet de suivre des personnes, alors que Pealtrees rassemble selon le centre d’intérêt. Le discours est bien rodé, et fonctionne. En somme vous utilisez déjà des outils pour votre gestion du Web, ils ne seront pas remplacés, mais un  nouveau s’ajoute aux précédents.

Comme le rappelle Patrice Lamothe, si le terme Curation fait couler beaucoup d’encre, ce n’es pas l’effet de mode sur un mot qu’il faut retenir mais bien une pratique des utilisateurs. Selon lui, qu’on l’appelle curation (en français ou en anglais) ou encore édition, nous sommes face à une réalité qui occupera nos dix prochaines années d’analystes des nouvelles technologies. Il rappelle que le curator n’est autre que le commissaire d’une exposition, celui qui choisit les œuvres, les organise et vous raconte une histoire.  C’est également la même tâche qui occupe le rédacteur en chef d’un média, le dj ou encore le directeur de label. Et lorsque nous le questionnons à propos des nouvelles fonctionnalités de Google, il nous explique qu’un algorithme ne remplacera jamais la valeur ajoutée de l’humain.

L’évolution du web au service d’un business plan efficace.

Dans un article intitulé “la troisième frontière du Web”, Patrice Lamothe revient sur la place de l’organisation de contenu dans les évolutions d’internet. Se basant sur “les objectifs initiaux que Tim Berners-Lee et Robert Caillau ont donnés à leur projet” , il note que le web est fondé sur trois principes fondateurs, l’accès à l’information, sa diffusion et, son organisation. Le premier point correspond au début du web : tout le monde peut accéder à tout depuis n’importe où. Ensuite, avec le web 2.0 tout le monde peut produire et diffuser de l’information. Puis la dernière étape en marche : tous les internautes ont la possibilité d’organiser le web. Cette étape est en lien avec le principe de la curation. Pour organiser le web, pourquoi ne pas mettre ses compétences en commun avec d’autres internautes ? Patrice Lamothe reprend la métaphore de la bibliothèque pour l’expliquer : c’est comme si les étagères thématiques de votre bibliothèque se remplissaient automatiquement grâce aux contributions des autres utilisateurs.

le Web est un projet absolument politique, ouvert et libre”

Finalement, c’est bien parce qu’il considère que “le Web est un projet absolument politique, ouvert et libre” que Patrice Lacombes défend Pearltrees, et il a eu raison. 100 000 utilisateurs, cela rapproche Pearltrees de la masse critique à atteindre pour passer à la deuxième étape du business plan que son créateur considère comme des plus classique. Des levées de fond pour lancer la machine, car “on ne va pas faire payer les premiers utilisateurs”, puis probablement un passage vers un modèle Freemium, en faisant payer de nouvelles fonctionnalités. “Tout ce qui accessible sur Pearltrees aujourd’hui restera gratuit”. A la question de savoir si cela suffira, il prend Evernote en exemple, 5% des utilisateurs paient 5 euros par mois, et la rentabilité est atteinte. “Oui cela devrait suffire“, dit-il en riant.

Ce principe d’organisation semble bien pertinent pour saisir les évolutions du web. Mais l’entrée thématique n’est pas la seule possibilité. Sur le modèle des timelines liées à un sujet sur Twitter, nous noterons la pertinence d’outils comme Dipity. Ce dernier permet à chacun “d’organiser les contenus du web par date“. Quoi qu’il en soit, cette actualité nous a amené à retourner du coté du Pearltrees, et l’adopter définitivement. Nous recommandons chaleureusement cet outil pour ne plus perdre les pages qui vous intéressent, pour retrouver un peu de sérendipité dans vos recherches, mais surtout pour son mode de visualisation. Parce que le monde n’est pas linéaire mais interconnecté, pouvoir cartographier l’information comme faisant parti d’un réseaux aux nœuds multiples est tout simplement révolutionnaire.

Pour aller plus loin sur le web :

  • Interview de Patrice Lamothe  sur Owni (2009),
  • Aux États-Unis, qui représente la première audience de Pearltrees, l’annonce des cent milles utilisateurs est largement reprise. Notamment sur SocialBeat. [En]
  • Un entretien sur la “curation” avec Dominique Cardon, sur 01Net.
  • Pearltrees cité par Media Helping Media, comme un outil indispensable des journalistes (c’est l’occasion de découvrir d’autres outils intéressants). [En]

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3 Responses to “Pearltrees : la bibliothèque aux 100 milles curateurs” Subscribe

  1. Serge Meunier 14/04/2011 at 20:09 #

    Bonjour,
    J’ai beaucoup apprécié l’article, notamment les trois “temps” de l’évolution du web où Pearltrees vient s’inscrire. L’idée de quelqu’un qui a eu une intuition puis qui travaille longtemps en espérant – sereinement, semble-t-il – qu’elle parvienne à pleine maturité et, notamment, en retirer un gain, me parle ; c’est mon cas. Parmi les déclics, il y a pour moi la phrase “comme si les étagères thématiques de votre bibliothèque se remplissaient automatiquement grâce aux contributions des autres utilisateurs”. L’allusion aussi à une sorte de Twitter inconditionnel. Je songe au mind-mapping et une heuristique. De là, je vais tenter l’expérience et je la partagerai dans mon réseau où elle semble confidentielle. Dernière image : posons-nous sur nos têtes le tissage nacré et polymorphe en rapport avec une noosphère qui s’épanouit ?..
    Merci,
    Serge Meunier

  2. Jessica Chekroun 15/04/2011 at 19:30 #

    Merci pour votre remarque. Au plaisir de connaitre vos réalisations.

  3. Serge Meunier 19/04/2011 at 07:29 #

    Bonjour Jessica,
    Je n’avais pas vu votre commentaire et vous remercie. Je suis écrivain et, en complément à l’écriture, je travaille dans le champ livre d’artiste et création d’objets (avec mise au point de méthodes en arts plastiques). Il y a aussi – et surtout, étant donné le domaine où nous sommes ici – une idée de dispositif pour “co”consultation web en partenariat avec un ami lyonnais et la recherche actuelle de constitution d’une équipe. Nous sommes en Rhône-Alpes, autour de Grenoble…
    Bien à vous et à vous lire bientôt j’espère,
    Serge

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