Article de Gordon Jackson et Charlie Jane Anders initialement publié sur io9 : 10 science-fiction books that changed history
On ne compte plus les livres de science-fiction qui ont imaginé des mondes étranges et nouveaux – mais rares sont ceux qui ont réellement changé le monde dans lequel nous vivons. Voici 10 extraordinaires romans de science-fiction qui ont changé le monde tel que nous le connaissons.
La série Tom Swift
Apparu en 1920, Tom Swift est un adolescent génial, inventeur spécialiste du bricolage dans son garage et protagoniste de plus de cent histoires – la série fut écrite par de très nombreuses plumes officiant toutes sous le pseudonyme de «Victor Appleton». Aux Etats-Unis, elle inspira d’innombrables enfants qui furent saisit d’un vif intérêt pour la science, et l’on compte parmi ses enfants les futuristes / écrivain / inventeur Ray Kurzweil, Robert Heinlein, Isaac Asimov et Steve Wozniak qui crédite Tom Swift de sa vocation de scientifique. Autre anecdote : Jack Cover, l’inventeur du Taser, a été inspiré par Tom Swift dans la création d’une arme non-létale qu’il a, tout naturellement, baptisé : “Fusil Thomas A. Swift ‘s Electric».
Neuromancien, de William Gibson
Le classique de William Gibson qui a popularisé le sous-genre cyberpunk est souvent cité comme une influence indirecte dans le développement d’Internet. Comme l’écrivait Womack Jack, un autre auteur de science-fiction : «Et si le fait de l’écrire, en fait, l’avait fait existé? ” Plus concrètement, Sir Tim Berners-Lee, créateur du World Wide Web, cite une nouvelle d’Arthur C. Clarke « Touche F. pour Frankenstein» dans lequel un réseau d’ordinateurs reliés entre eux apprend à penser de façon autonome, comme une influence importante.
Gladiateur, de Philip Wylie
Écrit en 1930, le roman de Philip Wylie a fortement contribué à définir la figure du super héros moderne. Dans ce roman, le professeur Danner invente un sérum conférant à celui qui l’ingère le pouvoir des insectes. Le professeur administre le sérum à son fils Hugo, un bébé sur le point de naître. Le sérum lui donne la puissance proportionnelle d’une fourmi, une peau pare-balle, la capacité de bondir comme une sauterelle et de courir à une vitesse surnaturelle. Ainsi,lLes parents d’Hugo doivent lui apprendre à utiliser ses pouvoirs de manière raisonnable. Par conséquent, Hugo fait l’objet de brimade à l’école et se réfugie dans la nature environnant son village natale. Une impression de déjà vu? L’histoire ne s’arrête pas là. Adulte, Hugo devient une star du football américain. Lorsqu’il tue par mégarde un autre joueur, il est contraint de mettre fin à sa carrière dans le déshonneur. Il rejoint alors la Légion Étrangère et se bat dans les tranchées de la première guerre mondiale. De retour en Amérique après la guerre, Hugo travaille comme guichetier de banque. Il sera viré pour avoir détruit la porte de la chambre forte afin de sauver un employer qui y suffoquait. Il entame alors une brève carrière politique et devient archéologue de la civilisation Maya avant de connaître une fin tragique. Si Hugo ne revêt jamais un costume et ne décide pas de combattre la criminalité, le roman de Wylie prédit en revanche les origines de la quasi-totalité des super héros actuels. Il constitue à ce titre une oeuvre ayant exercée une influence majeure sur la culture populaire du 20ième siècle.
La guerre des mondes, de H.G. Wells
Précurseur du récit d’invasion extraterrestre, le roman de H.G. Wells a eu un impact culturel considérable. Il a également marqué l’histoire mondiale en influençant les travaux de Robert H. Goddard, l’inventeur de la fusée à carburant liquide. En effet, Goddard décida de dédier sa vie à ce terrain de recherche après avoir lu la nouvelle lors de son adolescence. Ses recherches culmineront dans le programme Apollo et les premiers pas de l’homme sur la lune. Certains prétendent que la minimisation et la rétention d’informations sur le phénomène des OVNI a été décidée par le Robertson Panel (ndlr : un comité formé en 1952 par la CIA) suite aux conséquences légendaires qu’avaient eu l’adaptation radiophonique de l’œuvre de Wells par Orson Welles en 1938.
La destruction libératrice, de H.G. Wells
Moins connue, une autre nouvelle de H.G. Wells est également à l’origine d’un évènement cataclysmique : l’invention de la bombe H. De fait, Wells y prédit l’énergie atomique et le développement d’une bombe sur le principe d’une réaction nucléaire. L’explosif en question détonnerait de manière constante et répétitive sur plusieurs jours. En 1932, le physicien Leo Szilard – un énième nom incroyable – lu la nouvelle et le neutron fut découvert quelques mois plus tard. Inspiré par l’histoire, Szilard développa en 1933 l’idée d’une réaction en chaine de neutrons, breveta l’idée en 1934 et huit ans plus tard le projet Manhattan vit le jour.
Le Meilleur des Mondes, de Aldous Huxley
Le roman d’Aldous Huxley parvint indirectement à mettre un frein à la recherche sur les cellules souches aux États-Unis. Membre de son cabinet, Jay Lefkowitz parvint à dissuader le président George W. Bush à valider les principes de cette recherche en lui lisant des extraits du roman. Huxley y décrit des laboratoires d’alevinage où les humains sont élevés et amenés à naître. Dans une interview donnée à Commentary Magazine, Lefkowitz explique que Bush « prit peur ». Lorsqu’il fini de lire, Bush aurait dit qu’ils se trouvaient sur « le bord d’une falaise ». S’ils décidaient « de sauter » il serait « impossible de revenir en arrière » et il serait peut-être préférable de « faire les choses petit à petit” (voir aussi : Think Progress )
Shockwave rider, de John Brunner
Publié en 1975, le livre de John Brunner raconte la fuite d’un homme hors d’une société en réseau, notamment en utilisant un virus pour réécrire son identité. Le livre est d’une remarquable prescience. Brunner y prévoit l’avènement des réseaux informatiques à grande échelle, le hacking, le phreaking, l’ingénierie génétique et les virus informatiques. Les descriptions d’un programme destructif capable de supprimer des liens secrets et de s’auto-reproduire inspirèrent les chercheurs du Xerox Parc. Ainsi, John F. Shoch et John A. Hupp développèrent un programme capable d’identifier les cycles CPU de réseaux à l’arrêt. Ce programme croitra de manière exponentielle, dépassant rapidement les intensions de ses créateurs. Baptisé Worm par Shoch et Hupp, le virus moderne était né, laissant d’énormes dégâts et le Super Human Samurai Syber Squad (ndlr : une émission télévisée américaine pour enfant) dans son sillage.
Snow Crash, de Neal Stephenson
Le roman à succès de Neal Stephenson et son Metavers virtuel ont influencé la création du MMORPG Second Life et popularisés le terme avatar, un mot sanskrit exprimant le passage d’une incarnation d’un univers à un autre (le terme fut initialement recyclé en 1986 dans le jeu vidéo Habitat pour désigner une « manifestation numérique »). Comme dans le Metavers, Second Life permet aux utilisateurs d’interagir les uns avec les autres à travers des avatars et de créer des communautés, fondées sur des systèmes définis d’un commun accord. (L’ancien vice président de Microsoft J. Allard utilise le nom Hiro Protagonist – le nom du personnage principal – comme pseudonyme). Le Earth Program dans Snow Crash annonça la création de (et selon un de ses créateurs, influença directement) Google Earth et Bing Map.
1984, de George Orwell
Le roman de Geoge Orwell a durablement défini notre manière de voir le totalitarisme et les systèmes de gouvernance. Il a également influencé notre manière de concevoir le lavage de cerveau institutionnel et la surveillance ubiquitaire. Orwell nous a transmis un arsenal de nouveaux mots pour aborder les systèmes oppressifs, notamment « Big Brother », « la chambre 101 », « police de la pensée », « le délit de pensée », « non-personne », « double pensée » et « trou à mémoire ». Où en serait la blogosphère sans ce lexique orwellien ?
Frankenstein, de Mary Shelley
Écrit en 1817, l’œuvre déterminante de Mary Shelley sur un scientifique fou qui décide de créer une entité vivante artificielle, a inspiré la biologie synthétique. Le scientifique Craig Venter et d’autres innovateurs ont ainsi créé des organismes synthétiques dans leurs laboratoires, notamment l’intégralité d’un mycoplasma capricolum. Il arrive fréquemment d’invoquer Frankenstein lorsqu’une nouvelle entité vivante synthétique voit le jour. Il est facile de comprendre pourquoi : le roman de Shelley offre la première évocation d’une telle entité.
D’autres idées pour enrichir cette liste forcément restrictive, n’hésitez pas à l’enrichir dans les commentaires !
A lire également sur Silicon Maniacs :
• Rémi Sussan : La science-fiction a-t-elle de l’avenir ?
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Bonjour,
“Snow Cash”, de N. Stephenson… Excellent !
Comment citer une liste d’ouvrages de science-fiction à fort impact historique sans évoquer Jules Verne ? 20000 lieues sous les mers, De la terre à la lune, Voyage au centre de la Terre, etc ont laissé à mon sens une empreinte indélébile sur notre société (encore de nos jours, les références à Jules Verne sont légion, l’auteur lui-même apparaissant comme héros de certaines oeuvres ).
J’ajouterai également le bon docteur, Isaac Asimov, notamment pour sa série des robots et le cycle de fondation qui sont sans doute les plus connus, mais tout le reste de son œuvre est immensément riche d’idées.
N’oublions pas non plus Ray Bradbury, pour ses Chroniques Martiennes ou son Fahrenheit 451 pour ne citer que ceux-là. Ni Philip K Dick, bien que nombre de gens se souviennent plus facilement des adaptations cinématographique de ses oeuvres que des oeuvres elles-mêmes (Blade Runner, Total Recall, Minority Report)
D’autres encore mériteraient leur mention mais ce sont les premiers qui me viennent à l’esprit. (et je compte sur d’autres commentateurs pour compléter ;) )
@sprOOnz : Merci ! Pour une fois qu’une coquille me fait rire…
@FennNaten : Merci pour cette liste, je suis vraiment d’accord, en particulier pour Do androids dream of Electric Sheep ? sur la robotique et l’empathie (vallée de l’étrange). Cependant, l’objet de l’article est de fournir des preuves tangibles de l’influence de ces livres, c’est ça qui est particulièrement marrant, je trouve. Surtout l’histoire de Bush !
On peut aussi citer les non-A de van_Vogt qui annonce (sans le vouloir) la scientologie (plus que l’ami Ron).
Je me demande si R Zelazny et son cycle des Princes d’Ambre aura une influence à l’instar de celles décrites ci-dessus. Et Christopher Priest, Lewis Padgett?
Et beaucoup d’autres auraient pu être cités pour leur influence peut-être plus souterraine. C’est pour ça que la SF, à défaut de changer l’histoire, est aussi un véritable espace d’expérience, et donc aussi une manière de penser le devenir de notre monde en s’y réfractant. Dans le même sens et dans un registre plus philosophico-politique, voir aussi un article récent : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RAI_040_0097
Je pense que les 3 lois de la robotique d’Asimov ont eu une influence durable sur bien d’autres auteurs de science fiction, et pourquoi pas sur les concepteurs de cerveaux électroniques eux-même…
C’est vrai, je pensais aussi à l’importance de Do androids dream of electric sheep de Philip K. Dick. Sa façon de concevoir l’androïde a notamment directement influencé un robot à son image. Voir PKD android ;-)