Le SPAMM, musée virtuel dédiées à l’art numérique, ouvrira ses portes virtuels le 15 décembre à 16h dans le monde entier sur spamm.fr. Disposant d’une surface infini et d’aucun frais de chauffage, ce musée virtuel est le fruit d’une collaboration entre Systaime, Silicon maniacs et Thomas Cheneseau. Entretien avec ce commissaire d’exposition virtuelle, artiste et amateur d’art. Attention, spamm inside.
Pour en savoir plus sur le Spamm, rendez-vous ici.
Bonjour Thomas, peux-tu me parler des commissaires d’expositions du Spamm ?
Nous sommes plusieurs curateurs : SYSTAIME, moi, ainsi que l’équipe de Silicon Maniacs. J’ai la chance de participer à ce projet passionnant suite à leur invitation. Nous sommes tous les deux artistes, présents sur le réseau et nous avions envie de montrer le large champ des créateurs qui présentent leur travaux artistiques sur le web.
Le Spamm est donc un musée 100% virtuel ?
Internet est un espace formidable pour diffuser des médias tels que la video, l’animation ou encore la photographie. Plus spécifiquement il existe des sites interactifs liés à la culture du virtuel. Cela étant, toutes ces oeuvres peuvent être dématérialisées pour une exposition physique. Nous avons d’ailleur en projet avec Silicon Maniacs et la Cantine de “sortir” ces oeuvres d’internet pour des expositions disons plus “traditionnelles”. Mais à l’image d’un musée qui regroupe en son sein des dessins, des peintures, des installations… notre musée regroupe tous les formats du web comme des gifs animés, des machinimas, de l’interactivité et autres moyens de créations 100% virtuelles.
Faire un musée virtuel pour des artistes du virtuel… penses-tu que cela puisse contribuer à les faire connaître d’un public différent qui ne connaît pas du tout cette forme d’art ?
Oui, bien sûr, notamment par le partage de l’adresse du site SPAMM. Le SPAMM est le premier musée mondial dédié aux arts numériques. Contrairement aux expositions temporaires qui existent déja, cet espace offre une collection permanente, avec, dans le futur, des projets d’expositions temporaires virtuelles. Niveau navigation, la galerie est très simple, on y découvre de très belles oeuvres souvent connues des seuls initiés. Ainsi, ce projet est destiné au plus grand nombre, aux artistes plasticiens, peintres, dessinateurs, scuplteurs qui y découvriront des parallèles à leur méthode de production, mais aussi aux dirigeants institutionnels qui méconnaissent parfois les artistes du web. Le SPAMM souhaite démocratiser la production numérique et mettre en lumière l’art d’un nouveau temps.
Thomas Cheneseau
Comment s’est passée la création du musée au niveau tant de la “muséographie” si on peut employer ce terme, que de la sélection des artistes ?
En ce qui concerne la muséographie, nous avons décidés de détourner le site internet du Musée d’art Moderne de Paris, comme nous l’avions fait pour la Biennale de Venise. Nous nous sommes calés sur le gabarit officiel du Musée pour intégrer les oeuvres séléctionnées. En ce qui concerne le choix des artistes, c’est à la fois un travail de veille artistique, notament grace aux réseaux sociaux comme facebook où beaucoup d’artistes sont présents pour poster leur nouvelles créations, et un choix lié à notre propre sensibilité. Nous avons sélectionné les acteurs les plus pertinents sur un plan international. L’idée étant aussi de faire découvrir à chacun des créateurs qui ne se connaissent pas forcément entre eux. Par exemple, nous avons aussi fait un choix de jeunes créateurs, encore étudiants en Ecole d’art, mais avec une identité numérique suffisament forte (je pense entre autre à Fabien Zocco, Louise Sartor ou encore Sarah Samy).
Le SPAMM est-t-il réservé à ce qu’on appelle le “net-art” ?
Non, le Spamm ouvre le champ des possibles. Bien sûr, y sont exposés des oeuvres typiquement net-art (comme les gif ou les sites interactifs), mais nous avons décidés d’y integrer aussi des oeuvres vidéos. L’esthétique globale est liée aux pratiques des nouveaux médias, du jeu vidéo et de l’écran : le “screening”. En revanche l’accès à la totalité du projet n’est possible que par Internet. On peut dire que le Spamm est un projet de net-art en lui-même si l’on considère cette exposition comme une “oeuvre” (Dans la culture de l’art contemporain, la scénographie est considérée comme une forme en soi, un ouvrage à part entière).
En tant que commissaire d’exposition, quel message la création du SPAMM envoie-t-elle par rapport à la difficulté, pour les artistes du virtuel, de monétiser leur oeuvre ?
Le virtuel est un nouveau médium qui trouve aussi son équilibre sur les bases classiques de l’art. Nombres d’entre eux ont comme référent des mouvements comme dada ou fluxus, courants iconoclastes qui sont à présent admis par les institutions culturelles. A l’image de la photographie ou de la video en leur temps, Internet ( qui n’est pas seulement une vitrine ) s’affirme de jour en jour. Il est tout à fait possible de trouver une oeuvre virtuelle belle, soit par la forme, soit par l’idée.
D’autre part, il est important de préciser que le marché de l’art virtuel existe, de nouveaux collectionneurs sont là et attentifs aux créations nouvelles. Grace à certaines galeries comme 319 Scholes à Brooklyn par exemple, les collectionneurs sont dirigés et senbilisés davantage. Quoiqu’il en soit c’est un vrai terrain de réfléxion, auquel participent de nombreux acteurs de la culture numérique. Il faut encore du temps avant que les autorités culturelles passent le cap de l’achat (certain FRAC ont achetés des urls comme oeuvres, c’est déjà une étape de passée) mais cela va bientôt se démocratiser…
Thomas Cheneseau
Merci Thomas, tu es toi-même net-artist si je ne m’abuse ? Peux-tu me parler de ton parcours et me faire une petite démonstration ?
Oui, j’ai d’abord pratiqué la peinture à l’Ecole des beaux art de Rennes. En 2007, j’ai rejoins pour une année l’équipe de recherche interactive de l’Ecole Nationale Superieure des Arts Décoratifs de Paris. Depuis, ma pratique artistique est “numérique”. J’ai réalisé des installations avec l’utilisation du “feedback” video, mais c’est sur le réseau Internet que je me suis épanouis. En effet, cela fait déjà quelques années que je détourne les réseaux sociaux comme Facebook (où j’ai rencontré Systaime). Mes détournements de ces plateformes sont à l’image d’un mouvement “support-surface”; je compare le rigueur du gabarit de ces sites aux limites indépassables du tableau, je joue avec les limites. Finalement je propose mon profil Facebook comme un art en soit, et c’est comme cela que m’est venue l’idée de vendre un profil comme une oeuvre. J’ai créé un “faux” profil de Marcel Duchamp sur Facebook, aspirant tout les autres comptes du même nom, les fan pages, les événements pour le proposer comme un “ready made”, un profile tout fait. J’ai eu la chance de le vendre.
J’ai aussi créé en 2010 un collectif avec Raphael Isdant, “Acting Without Reality” pour réaliser le projet HEKKAH. Il s’agit d’un avatar exposé sous forme d’installation interactive, constitué de l’appropriation du fil d’actualité de Facebook; projet produit par Medias-Cité et exposé entre autre à Cap Sciences Bordeaux de Aout à Novembre 2011. (ci joins un visuel du projet). J’ai d’autre part participé au Pavillon Internet de la biennale de Venise 2011 sur l’invitation de Margherita Balzerani et participé aux deux première éditions de lafiac.com. Avec le projet SPAMM, c’est ma première experience en tant que curateur.
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