Tout nu sur le web : du web social à la post-privacy

Le blogueur américain Jeff Jarvis publie un plaidoyer radicalement optimiste, sur la manière dont le partage pourrait révolutionner notre manière de vivre et de travailler à l'ère digitale
Article par : Mael Inizan


Photo by Antejeverena


Pourquoi tant s’inquiéter pour notre vie privé ? C’est en substance la question posée par Jeff Jarvis dans son dernier livre, Tout nu sur le web (Pearson, décembre 2011), publié en septembre aux États-unis sous le titre de Public Parts. Dans ce « plaidoyer pour une transparence responsable », le célèbre éditorialiste et blogueur américain tente de nous démontrer que nous avons tout à gagner en partageant nos informations sur le réseau.

Le point de vue que je souhaite défendre est le suivant : à être obsédés par la vie privée, nous risquons de passer à côté d’opportunités de connexions. Nous vivons à l’ère des liens. Le Lien hypertexte est une invention cruciale. Ces mots ou ces petits bouts de phrases soulignés ne nous connectent pas seulement à des pages Web. Ils nous permettent de nous connecter les uns aux autres, à des informations, des actions et des transactions.

Avec le l’essor du web social, notre capacité à échanger des informations, à nous rassembler et à collaborer a littéralement explosé. Facebook revendique aujourd’hui plus de 800 millions de membres actifs. 100 millions de messages sont postés quotidiennement sur Twitter et 35 heures de vidéos sont mises en ligne chaque minute sur Youtube. Nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle ère, celle du partage, avance Jarvis. Le web social a amorcé une révolution qui marquera notre société et notre économie aussi profondément que l’imprimerie de Gutenberg.

« Dans un monde de liens et une économie fondée sur les relations, l’isolement coute trop cher » : Jarvis nous appelle a mettre en balance les risques qui pèsent sur notre vie privé et les bénéfices de la « publitude » (« publicness »). Le partage améliore les relations interpersonnelles et renforce les liens sociaux, il favorise la transparence et la recherche de la vérité, comme il dynamise l’économie et la participation démocratique etc. Exemples à l’appuie, Jeff Jarvis esquisse ainsi les contours d’une nouvelle société, faite de transparence et de contre-pouvoirs.

Et pourtant, internet fait peur. De l’imprimerie au web, l’innovation a toujours suscité les mêmes craintes. À la fin du XIXe, le New York Times s’inquiétait ainsi des « des mordus du kodak » (le premier appareil photo instantané portable, commercialisé en 1888, NDLR.) et de leurs atteintes à la vie privé des bonnes dames de Newport, rapporte l’auteur. Quelques année plus tôt, le microphone ou le téléphone menaçaient aussi notre intimité. Alors finalement, quoi de bien nouveau avec Facebook aujourd’hui ?

L’argumentaire du blogueur américain fait grincer bon nombre de dents. Évidement, la somme d’informations partagées volontairement ou involontairement par les internautes n’a rien de comparable dans l’histoire. Mais que faire ? Faut-il mettre en place des dispositifs de protection des données plus stricts, au risque de brider notre liberté individuelle ? Et comment définir ce qui est public ou privé lorsqu’une information insignifiante combinée à des centaines d’autres, peut révéler des pans entiers de notre identité ?

Face aux avocats de la vie privé, Jeff Jarvis se veut celui de la « publitude ». Les débats sur la frontière entre vie privée et vie publique se focalisent toujours sur nos peurs, regrette le blogueur. Bien sûr, il nous appartient de rester vigilent, mais sans pour autant oublier les avantages de l’ouverture :

« Face à une mutation historique, il est bon et nécessaire de se demander ce qui pourrait mal tourner et de nous protéger de nos pires craintes . Mais il est aussi vital d’en reconnaître les nouvelles opportunités et d’imaginer le type de société que nous pouvons construire sur une éthique du partage. »

Jeff Jarvis sera l’invité de La Cantine pour une soirée de rencontres et de débats, vendredi 2 décembre, à 18h45. Inscriptions à l’événement ici

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Pour sortir un article il faudra lui passer sur le corps. Mael ne rigole pas avec la technique journalistique. Son parcours dans le monde impitoyable des médias lui permet d’acquérir une rigueur désarmante. Après avoir fait ses premières armes dans la PQR bretonne, Rue89, LeMonde.fr, Liberation.fr et avoir décroché son premier poste chez Satellinet, Mael fait le choix du frisson en intégrant une rédaction under construction (...)

One Response to “Tout nu sur le web : du web social à la post-privacy” Subscribe

  1. Godvicienneo 01/12/2011 at 09:35 #

    Les Réseaux sociaux abusent de plus en plus… Facebook revend le profil de ses utilisateurs à des sociétés publicitaires ! Mais il y a du nouveau avec le Web.3.0 en Peer2Peer dénué de Censure, ni Modération, ni Espion Big Brother, car les @Internautes communiquent entres eux SANS Site Web (hormis les anciens toujours compatibles) ! Y a même le “Web tribal” d’un Domicile à l’autre sur Liste blanche d’invitations exclusives (Friend2Friend) ! Et le contrôle totale de ses propres données peersonnelles stockées en toute sécurité sur son PROPRE ordinateur qui interdit toute intrusion ou espionnage ou inquisition de quiconque ! Essayez par exemple cet Héritier.3.0 de Firefox: http://3Webee.net/fr/

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