Incubateurs, de l’élevage de poussins aux espaces de coworking ?

Partager un espace de travail, c'est en premier lieu s'unir pour faire face à une contrainte physique et financière. Quels sont les liens qui unissent l'incubateur et le coworking ?
Article par : Jessica Chekroun


Note de  l’éditeur DESKMAG : Les écrivains, Dave Bunnell and Jeannine Van der Linden produisent ici un historique détaillé des incubateurs et des espaces de coworking et montrent l’émergence d’espaces hybrides au croisement entre ces deux types de lieux.

Ce post fut initialement publié sur Deskmag en anglais. 

Le concept d’incubateur d’entreprises est né dans une vieille usine divisée pour héberger de nombreuses petites entreprises, y compris un élevage de poussins. Aujourd’hui, les incubateurs font face à de nombreux défis, et particulièrement ceux qui fonctionnent sur des fonds publics. Face au fonctionnement ouvert des coworkings, la « fermeture » des incubateurs est saisissante. Est ce que les coworkings introduisent une politique d’ouverture aux incubateurs ? Ou, est ce que les coworkings représentent une menace pour les incubateurs d’entreprises ?

Nous vivons dans une période où les changements de paradigmes peuvent survenir si rapidement qu’il est possible de  louper leur occurrence en un battement de cils ! Et, ces changements sont nombreux.

La naissance des incubateurs d’entreprises

Pour saisir les enjeux, posons les jalons historiques de notre argumentation. L’aventure des incubateurs débuta en 1959. La poupée Barbie venait d’apparaître  dans les chambres des petites filles et l’économie américaine atteignait un niveau de prospérité jamais égalé. Et pourtant, à Batavia, dans l’Etat de New-York, un gigantesque entrepôt demeurait totalement vide.

Autrefois une usine Massey-Ferguson ( note de la traduction : un constructeur de matériels agricoles ) de 250 000 mètres carrés, l’établissement fermât ses portes en 1956 provocant une spectaculaire hausse du chômage local qui atteignit alors 20%.

Les Mancusos, une grande famille de la région acquit l’immeuble. Et, c’est à Joe Mancusos, un quincailler, que fut donnée la charge de s’occuper de l’occupation des lieux. Après de longs mois de recherche, il finit par  se faire à l’idée que trouver un locataire était peine perdue. Mais, ingénieux, Joe Mancusos contourna le problème en décidant de diviser la location du batiment, il ne cherchait plus un unique locataire introuvable, mais des locataires. Il découpa l’espace en plusieurs parties et des petites et moyennes entreprises purent alors investir le lieu.

Joe inclut dans le forfait de la location un service de conseil et d’assistance pour collecter des fonds. Ses nouveaux clients venaient d’horizons différents : d’un organisme de bienfaisance à un établissement vinicole en passant par une société qui élevait et vendait des poulets. D’ailleurs, l’histoire raconte que l’on trouvait des poulets un peu partout dans les 250 000 mètres carrés !

« Nous étions constamment sur la route. Nous recherchions à la fois de nouveaux investisseurs et de nouvelles entreprises que nous pourrions attirer dans le centre. » expliquait-il au NBIA review. « En fait, nous avons commencé à l’appeler l’incubateur à cause de tous ces poulets, finalement c’est parti d’une blague ».

Voilà donc l’histoire de la naissance du premier incubateur d’entreprises.

L’incubateur est né comme une solution familiale, non dans une école de business

On pourrait croire que le concept d’incubateur est né d’une intense réflexion de l’école de commerce de Wharton, ou peut être du MIT ! En fait, il n’en est rien. Ce n’est qu’une solution de bidouille mise en place par une famille qui devait affronter la difficulté de s’installer dans un immeuble bien trop grand.  Et surtout, ce qui est génial dans cette histoire, c’est l’utilisation du mot incubateur qui a été emprunté aux élevages de poulets ! ( NDLT : cette version est bien plus prégnante en anglais )

L’incubateur d’entreprise est à présent devenu le modèle de référence de la création de business innovants. A tel point qu’il est possible de trouver des exemples sur ce modèle de partout dans le monde. Ces poulets de 1959 auraient de quoi se pavaner avec fierté.

Pour ce qui est du concept d’un espace de travail innovant, il faut attendre 2005 pour qu’il apparaisse avec un nom bien moins vendeur que l’incubateur. Le premier espace de coworking a en effet été ouvert en 2005 à San Francisco par Brad Neuberg. Mais c’est à Bernie DeKoven que revient l’invention du terme Coworking. Ce dernier l’utilisa dés 1999  pour décrire un espace de travail collaboratif online. Lorsque Brad Neuberg reprend ce terme en 2005, il n’y ajoute que l’espace physique, mais, la magie du « face-to-face » aidant, les conditions d’une collaboration complète s’appuyant sur une confiance mutuelle sont enfin réunies.

L’espace de coworking comme quatrième lieu

Coïncidence, travailler dans un espace de coworking (co-travail), est devenu commun. Cela revient tout simplement à a communiquer et collaborer quotidiennement avec d’autres personnes dans de nombreux espaces de travail collaboratifs, en ligne, à travers le globe. D’ailleurs, c’est de cette façon que cet article a été écrit !

Depuis son émergence, le coworking est passé du statut d’initiative isolée à un mouvement de société relevant d’une tendance qui le dépasse. Entre 2010 et 2011 le nombre d’espaces de coworking à augmenté de 100% à travers le monde (dont la moitié a pris place aux Etats-Unis ) . Si le coworking était un virus nous ferions actuellement face à une pandémie !

Pour paraphraser Wikipedia : le coworking est un style de travail qui amène des travailleurs indépendants à partager un espace de travail, généralement dans un « espace de coworking ». Le concept est devenu est devenu de plus en plus intéressant pour les travailleurs de chez eux, les startups, (High-tech et plus encore)  entrepreneurs et travailleurs freelance – tous ayant pour point commun de travailler dans des environnements isolés, faisant face à des conditions de solitude.

Alors, est-ce que les coworkings sont les nouveaux incubateurs ? Oui et non. Peut-être si la définition de l’incubation a changé. D’ailleurs, comment peut-il en être autrement ? L’automobile de 1959 a survécu à l’augmentation des ailerons chromés, et a finalement évolué en quelque chose de totalement différent. De même que la poupée Barbie qui a subit un sérieux relooking ! Et puis, n’oublions pas que le fameux Personal Computer, le PC, n’existait pas lorsque l’incubateur de 1959 est né.

L’idée n’est pas de dire que tous les coworkings devraient se comporter comme des incubateurs. En fait, le coworking répond parfaitement aux besoins de beaucoup de travailleurs nomades, et plus spécifiquement aux « frugales startups ». De nombreux incubateurs profitent d’ailleurs de ce mouvement, et, forts de ce constat, des modèles hybrides émergent. Peut-être que le concept de startup lui-même doit être redéfini.

Pour débuter, posons cette simple question : est-ce qu’un entrepreneur qui lance seul son business est une startup ? Si c’est le cas, nos cafés en sont remplis. Katie Couric, de CBS a démandé au CEO de Startbucks, Howard Schultz : « Que voyez-vous lorsque vous regardez les Starbucks ? »

« Je vois un grand sens de la communauté» répondit Schultz « Depuis notre lancement, nous nous sommes appliqués à construire ce troisième lieu, à mi-chemin entre la maison et le travail. »

Quoi qu’il en soit, ni Katie, ni Howard n’ont prévus cette révolution, l’invention du quatrième lieu. C’est une nouvelle dimension, qui tenez-vous bien est appelé « zone de coworking » !

Les coworking ne remplaceront jamais totalement les incubateurs

Jeremy Neuner est co-fondateur et « révolutionary-in-chief » de Nextspace, une société de coworking spaces en Californie comptant quatre espaces implantés à Santa Cruz, San José, San Francisco et Los Angeles. Lorsque nous l’avons interrogé pour cet article, il nous a répondu :

« Le coworking ne remplacera jamais totalement l’incubateur. En fait, les incubateurs font actuellement face à des nouveaux challenges, notamment car beaucoup d’entre eux ont un business model qui repose en grande partie sur des subventions publiques. Et, il est difficile pour eux de valoriser leur efficacité, notamment en terme de résultats quantitatifs, que ce soit en nombre d’emplois créés ou de croissance sur le long terme. Face à ça, les coworkings redéfinissent ce qu’est la création d’emploi justement, en effet, les travailleurs indépendants ont au moins créés un emploi : le leur. Puis, si l’entreprise grandit,  les nouveaux postes sont également des emplois créés.

Neuner termine sur ce point :

«Les travailleurs indépendants ont intégrés que le concept d’emplois à vie  a tout simplement disparu. A présent, ils travaillent à construire leur propre emploi. C’est  le moment  de casser un mythe, celui qui voudrait que les coworkers, les utilisateurs des coworkings soient moins soudés et moins organisés que les personnes présentes dans un incubateur. En réalité, je n’ai jamais vu de personnes plus dévouées, de travailleurs plus acharnés que celles que je rencontre dans nos espaces de coworking. Ce qui est totalement inspirant. »

Finalement répondre à la question du modèle le plus efficace pour une croissance durable, savoir si celle-ci sera mieux portée par la rigueur d’un incubateur ou par l’ambiance communautaire d’un coworking c’est omettre que le courage est dans tous les cas la valeur primordiale pour mener un projet à bien. Dans l’économie de l’innovation, il n’y a pas de place pour ceux qui ont peur de se lancer et de se dépasser.

Pour aller plus loin :

Photographie par PhotoDu.de, en creative commons.

 

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