La Ruche, lieu d’innovation sociale

On a résolu le mystère de la disparition des abeilles. Elles sont toutes sur les berges du canal Saint-Martin en train de monter des business innovants et responsables.
Article par : Guillaume


La Ruche, c’est “un espace de travail collaboratif pour entrepreneurs sociaux”, dédié à l’innovation sociale. Nous avons visité le lieu pour savoir ce qu’est l’innovation sociale et en quoi l’organisation et le fonctionnement de La Ruche la soutiennent.

Histoire de Ruche

Reprenons au début. La Ruche voit le jour en hiver 2007, au moins sur le papier. Charlotte Hochman rentre en France après une expérience à Londres où elle avait participé à The hub. Elle souhaite reproduire le concept, en l’adaptant à l’écosystème local de l’entrepreneuriat social, encore très émergent. Une association est crée. Elle est rapidement rejointe par Arnaud Mourot (Ashoka), Aymeric Marmorat (Entrepreneurs Sans Frontières) et Abdellah Aboulharjan (La Nouvelle PME).

Naît un blog, aujourd’hui inactif mais toujours en ligne, véritable petit musée des premiers jours de La Ruche, pour ouvrir le processus de création et fédérer la communauté. Ensemble, ils commencent à chercher un local avec un cahier des charges bien précis. Ils voient grand – 600 à 800 m2 – et ont à coeur de rester dans Paris intra-muros. La surface doit être “atypique,”, avec un “beau potentiel de rénovation”. Plusieurs pistes sont explorées mais c’est finalement la rencontre avec Olivier Laffon et Frédéric Robert qui permet au projet de décoller.

Olivier Laffon est un oiseau rare, un promoteur immobilier qui ne travaille pas seulement “dans un but lucratif mais [aussi] citoyen.” Sa société Commerce Développement possède les locaux de plusieurs lieux engagés à Paris : la Maison des Associations de Solidarité, le Divan du Monde, Commune Image, et le Comptoir Général. Il propose 700 m2 à Charlotte Hochman et ses associés, dans des locaux adjacents au Comptoir Général. Le loyer est préférentiel. Manque encore une caution ; ce sera Neuf Cegetel. Son président Jacques Veyrat, sensible au projet, donne le feu vert. La Ruche a trouvé sa branche.

A ce stade pourtant précoce de son développement, le bouche à oreille autour de La Ruche fonctionne déjà à plein. Les candidatures d’entrepreneurs sociaux s’accumulent. Il reste cependant beaucoup à faire pour réhabiliter les locaux, et préparer l’espace pour ses futurs occupants, qui doivent arriver en mai 2008. De nombreux soutiens se mobilisent : la Mairie de Paris, Commerce Développement, Ecolutions, Bureau Wiki, la Région Ile-de-France… Quatre bénévoles mettent leur temps et leur énergie au profit de l’association. 7 mois de travaux plus tard, la Ruche se réveille transformée. L’endroit est agréable, dans un style éco-chic inventif et fonctionnel. L’inauguration est fixée au 24 septembre.

Fast forward to 2011. Vendredi 28 janvier, nous sommes deux permanents de Silicon Sentier venus pour découvrir la Ruche. Miora Ranaivoarinosy, “Maîtresse de Cérémonie” de la Ruche, nous accueille. Nous avons plein de questions, on dégaine le magnéto.

L’innovation sociale : l’objectif et les moyens

L’innovation sociale est un concept au contour assez flou. Pour aller à l’essentiel, c’est la recherche et la découverte de nouvelles solutions à des problèmes sociaux. Un bon exemple, le micro-crédit : une solution nouvelle au problème ancien du mal-développement. On peut se faire une idée assez fidèle de la conception de l’innovation sociale made in La Ruche en examinant les projets qui y sont hébergés. Tax Justice Network est une association qui vise à “constituer un réseau international pour bâtir une coopération fiscale entre états”, un de ses objectifs étant la lutte contre les paradis fiscaux. Yoola est une SARL “à destination des organisateurs de manifestations sportives et culturelles, leur offrant un package de services pour améliorer l’accessibilité aux personnes en situation de handicap.La Nouvelle PME accompagne et soutient les nouvelles entreprises issues des quartiers : en effet on y crée plus d’entreprises que partout ailleurs en France mais celles-ci y ont plus de difficultés à se pérenniser.

Pour héberger son activité à La Ruche, il faut candidater. La sélection est réalisée par un comité de pilotage, mêlant permanents de l’association, cofondateurs et entrepreneurs résidents. Les critères sont l’innovation sociale, la place donnée à la collaboration et le pragmatisme économique du projet. En effet, au delà de leur impact social, les entrepreneurs candidats doivent démontrer la solidité de leur business model.

Concrètement, il y a trois modes de participation à La Ruche, définis selon le profil des entrepreneurs et les places disponibles : ce sont les butineurs, les pied-à-terre, et les résidents.

Les résidents ont un bureau permanent. Ils paient 450€ par mois. Ils étaient environ 83, fin 2010, répartis dans 32 structures, majoritairement des entreprises et des associations non fiscalisées. Leur engagement contractuel se fait sur une période d’un an renouvelable.

Les pied-à-terre partagent des bureaux. Ils paient 360€ pour 10 journées par mois, 260€ pour 5 journées. Les butineurs ont un accès plus réduit aux infrastructures de La Ruche, essentiellement limité aux salles de réunions, et ne paient que 20€ par mois. Ce sont souvent les petit nouveaux, ceux dont l’activité à moins de maturité ou qui doivent rester très mobiles. Ils n’ont pas d’espace de travail, mais sont contributeurs et parties prenantes dans la programmation et la vie du collectif au même titre que les résidents ou les pieds-à-terre.

Les structures rattachées à La Ruche ont une maturité diverse : sept ans d’existence en moyenne mais le chiffre est peu représentatif en raison de la présence de quelques structures beaucoup plus anciennes comme Ashoka, trentenaire cette année. Elles sont donc majoritairement jeunes, avec près de 90% des structures qui ont moins de 5 ans.

Une fois qu’on a posé ses valises à La Ruche, pas d’accompagnement ou de mentoring. A bien des égards, l’investissement des entrepreneurs sociaux dans La Ruche évoque davantage un centre d’affaires qu’un incubateur. Le coeur de métier de la Ruche, c’est la location d’une infrastructure à des entrepreneurs : bureaux, connexion internet, salles de réunion, cuisine… La spécificité de La Ruche réside en fait ailleurs. Les fondateurs ont souhaité proposer aux occupants une expérience communautaire, avec des valeurs partagées : l’humain au centre, la collaboration et l’innovation comme étendards et le pragmatisme économique en bandoulière. On est au croisement des sphères entrepreneuriales et militantes. Il faut cependant bien s’entendre sur le sens du mot communautaire. La Ruche ne fédère pas des communautés, elle est une communauté. Les projets ne se ressemblent pas mais partagent des objectifs communs qui permettent de faire jouer des synergies : partage de réseaux, d’expériences, mutualisation de moyens.

Pas question non plus pour les entrepreneurs d’être consuméristes dans leur rapport au lieu et au groupe. Les interactions internes, la collaboration, sont fortement encouragées. Des rendez-vous (HappyRuche, le Buzz, WiserTuesday, Horizon), au nombre de six ou huit par mois, permettent de rassembler et fédérer la communauté, et ponctuellement de l’ouvrir sur le monde extérieur. Le Buzz rassemble chaque vendredi midi les entrepreneurs pour déjeuner. C’est l’occasion pour chacun de se tenir au courant de l’actualité des uns et des autres. Happy Ruche a lieu une fois par mois, et est organisé à tour de rôle par un acteur de La Ruche. Lors du dernier auquel nous avons assisté, l’entreprise Quattrolibri, domiciliée à La Ruche, présentait un film documentaire sur la ville en transition. Autant que possible, La Ruche cherche à être transparente et collégiale, certaines décisions se prenant sur un mode auto-gestionnaire. Quelques entrepreneurs à La Ruche sont déjà familiers de ces modèles coopératifs et, pour la quasi-totalité d’entre eux, leur engagement s’y inscrit en continuité d’une démarche personnelle.

Toute médaille a son revers : la Ruche n’est pas vraiment un lieu ouvert. Un indice anodin : il faut sonner pour rentrer… La plupart des événements ne sont pas ouverts au public. Le Buzz accueille des invités une semaine sur deux. Le Happy Ruche est ouvert au public en moyenne une fois par mois. Même la formule butineur, la plus nomade, nécessite de passer par un processus de validation de son projet. C’est la force et la faiblesse de La Ruche, le prix à payer peut-être pour assurer la cohésion et la cohérence de la communauté. Ce qui est perdu en frictions et interactions avec le monde extérieur est gagné en émulation et synergies internes, mais la capacité de La Ruche à structurer des communautés et les faire émerger en sort diminuée. La Ruche est un espace entrouvert.

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One Response to “La Ruche, lieu d’innovation sociale” Subscribe

  1. BROUCHET Andxré 10/05/2011 at 22:58 #

    Pour y être souvent allé, et y avoir convié des “personnes ressources”, et des investisseurs, étonné de la Vie du Lieu, je trouve le modèle de La Ruche très attractif et innovant, en particulier pour une start up.

    Les gens y sont à la fois sérieux et ouverts aux autres, et l’originalité des locaux encourage encore plus les occupants à sortir des sentiers battus. Je m’y suis fait quelques amis, alors même que je ne suis pas l’un des locataires (pour l’instant…).

    Ce modèle devrait plaire aux municipalités se voulant “innovantes”. Et félicitations à Olivier Lafond et aux divers soutiens dont le plus “Neuf” Jacques Veyrat !

    Bravo donc à toutes les abeilles et aux fondateurs de LA RUCHE !

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