Tryphon : “En radio, Le DIY est une nécessité”

Aujourd'hui, avec les évolutions technologiques et les changements économiques qui modifient jour après jour les manière d'informer et de s'informer, de nouveaux modèles apparaissent. Silicon Maniacs est allé à la rencontre de l'agence Tryphon pour qui information rime avec formation.
Article par : Quentin Bruet-Ferréol


Aujourd’hui, on dénombre pas moins de 600 radios associatives en France. Le podcast est devenu, au même titre que le blog, un media utilisé tant par les amateurs que par les grandes radios et il murmure que le son pourrait, dans pas si longtemps, prendre place dans l’espace des villes.

Dans ce cadre de transformation rapide des moyens d’écoutes et de production, de nouveaux modèles voient le jour qui mettent la formation au coeur de leur services : propager la culture du DIY (Do-it-yourself) et former amateurs et professionnels aux nouvelles méthodes et techniques de la radio de demain. Cyber-rencontre avec deux passionnés de radio qui ont fondé, ensemble, la société Tryphon, qui assiste et forme les radios associatives.

Une agence de radio… libre ?

Ma première question est donc, tout simplement, qu’est-ce que Tryphon : agence radio, solutions informatiques pour simplifier le travail des radios… ?

Alban : la définition la plus courte de Tryphon doit être : une société qui propose des solutions informatiques “libres” et innovantes aux radios et plus généralement aux faiseurs/diffuseurs de contenu audio

Qu’est-ce qui vous a mené a créer Tryphon ?

Florent : La rencontre entre l’envie et l’opportunité. Ca faisait des années que nous faisons de la radio dans un cadre associatif et que nous avions développé des outils pour notre propre usage avec le temps, ces outils sont devenus matures et on a eu envie d’en faire profiter les autres radios. Ca c’est pour le côté envie

Et pour l’opportunité ?

Florent : pour l’opportunité, mon ancien employeur, grosse société américaine, a voulu se séparer d’une portin importante du personnel

L’opportunité, c’est que tu as été renvoyé ?

Alban :)

Florent : Oui ! J’ai donc eu l’opportunité de me porter volontaire au départ (sauvant du même coup l’emploi d’un collègue qui n’avait pas nécessairement envie de partir) et j’ai donc eu le temps de monter la base administratives. L’employeur a fourni des conditions permettant de tenter le coup sans grand risque.

Alban : nous avions collaboré sur les mêmes logiciels libres et on était dans la meme association de radios éphémères Autres(M)Ondes, et nous sommes toujours dans la même association.

Pouvez-vous m’en dire plus sur ces outils que vous avez développé, à quel besoin répondent-ils et pourquoi les avoir développé en Open Source ?

Florent : non :)

Alban : Allez ! Les besoins qu’on couvre sont ceux d’une radio. Il y a quelques années c’était nos besoins (de radios éphémères). Et on s’est vite rendu compte que cela correspondait aux besoins de la plupart des radios. Avec le temps, on découvre aussi que beaucoup de nos clients ne sont pas des radios au sens propre du terme, mais des faiseurs ou des diffuseurs de son. Ceux-ci se retrouvent avec les mêmes problématiques. Il nous a fallu trouver des moyens pour répondre à ces besoins, des moyens pratiques et industrialisables. Ainsi, nous avons toujours travaillé avec des logiciels libres pour nos radios éphémères.

Alban : Cette expérience nous a amené à maitriser pas mal des solutions libres existantes et à développer nos propres solutions. C’est donc assez naturellement que la societe Tryphon a continué dans le logiciel libre. Mais on ne fournit pas à nos clients des pages wikis à lire patiemment. Plutot des solutions clé-en-main et de la formation et du conseil. Les solutions clé-en-main c’est par exemple des boxes toutes pretes à l’usage, permettant de réaliser la plupart des fonctions classiques de la radio (pige, stream, lien ip, …) ou encore des applications web libres déployées et pretes à l’usage.

Du bidouilleur d’émetteur aux hackers

On observe un regain surprenant de l’intérêt et de l’utilisation de radio ou de diffuseur de son, de podcasteurs, comment l’expliquez-vous ? Il fût un temps où la radio était le media ringard par excellence.

Alban : Le media “son” et les possibilités technologiques actuelles se rencontrent. On peut créer, modifier, écouter, stocker, échanger du son en quelques secondes sur des périphériques de plus en plus variés et à travers les réseaux, Internet ou 3G. C’est simple et efficace !

Florent : Les gens ne se contentent plus d’accepter ce qu’on leur donne à manger à la télé, ils sont devenus beaucoup plus curieux que précédemment, et c’est une très bonne chose. Ceci peut aussi s’expliquer par l’accès considérablement facilité à l’information : wikipedia, blogs… la liberté d’expression s’est vraiment développée alors pourquoi la radio ? Je pense que la façon de vivre aujourd’hui utilise beaucoup les mains et les yeux, les oreilles restent assez libres. Les transports prennent du temps du coup, il est assez pratique de se coller des écouteurs. Radio, podcasts, musique…. répondent parfaitement à cette situation !

Facilité d’utilisation pour l’auditeurs, mais aussi nouvelle facilité de création. Aujourd’hui, on rapproche souvent le mouvement des radios libres à ce phénomène de libération des web-ondes. Avec le développement de ce type de solutions informatiques libres, vous sentez-vous proches des bidouilleurs d’émetteurs des années 80 ?

Florent : Très clairement !

Alban : Surtout Florent qui est ingénieur radio :)

Florent : C’est aussi ca qui fait que le courant passe bien avec les créateurs des radios libres de “y’a 30 ans”. On partage une même vision des choses : le refus d’être dépendant d’un fournisseur unique, le besoin de “souveraineté” (comprendre maitrise)

Alban : C’est qu’il y a 30 ans ca ne s’appelait pas encore (en France) hacker !

Florent : Mais cette “facilité de création” dont tu parles, elle doit servir aux gens qui ont des choses à dire. Nous nous sentons plus proches des radios qui font des émissions plutôt que de faire “simplement” tourner une liste automatique. Sans parler de combat, la liberté d’expression prend son sens quand il y a un message à faire passer.

Alban : Et beaucoup de ces radios partagent bon nombre de valeurs avec les communautés du logiciel libre. Parfois … sans le savoir encore. Il ne faut pas que certaines facilités d’usage fassent oublier l’importance de la “souveraineté”. La solution la plus instantanée n’est pas forcément celle qui va protéger la parole le plus longtemps. Il faut parfois prendre le temps de mettre en place des solutions propres, en utilisant par exemple des formats ouverts, des services qui ne dépendent pas de conditions générales d’usage qu’on a jamais lues… et veiller à laisser ses auditeurs libres de leurs solutions pour écouter le résultat

La monde de la radio est parfois reputé pour une certaine fermeture : il y a les pros de la radios et les autres. Avec ce nouveau mouvement dont vous parlez, et le besoin de souveraineté, tout le monde peut-il devenir animateur ou même producteur radio ? Êtes vous favorable à ce DIY radio et sous quelle condition ?

Alban : On n’a pas rencontré les même radios alors :) Je ne connais beaucoup de radio locale qui refusera de l’aide, en particulier pour faire des émissions intéressantes. Tout le monde peut faire son podcast. Aux auditeurs/internautes de choisir les réalisations qui valent le détour. Et avec plus d’un demi-miller de radios en France, si votre création radiophonique vaut le détour. Vous trouverez preneurs ;)

Florent : Depuis que nous avons monté Tryphon, nous avons pu rencontrer beaucoup plus de radios, et aussi des fédérations de radios. Nous avons alors bien compris que la volonté générale est d’ouvrir ce media autant que possible, car il est menacé…  T’as le choix entre essayer de faire les choses toi même et en avoir la maîtrise d’un côté, ou sous-traiter ta diffusion, ton acheminement de son, et rentrer dans un mécanisme dont tu perds le contrôle…. à mon avis, le DIY est une nécessité. Tryphon se veut un facilitateur.

Alban :  Le DIY est dans l’ADN de la plupart des radios associatives. Avant même qu’on appelle ca DIY :)

Florent : En guise d’image, dans la ruée vers l’or, nous préférons fournir des pelles assez simples, mais de qualité afin que les chercheurs (les radios) trouvent le plus d’or (d’auditeurs, de contenu…) possible… on donne aussi le plan pour construire une bonne pelle ;)

Le futur de la radio

Attention, ma prochaine question est très large : comment voyez-vous le futur de la radio ?

Florent : Question complexe, peut-on parler de LA radio ? Si on considère la radio faite par les radios que nous aimons, je pense qu’elles doivent miser sur le Net, en complément de leur diffusion sur les ondes. C’est pour elles le moyen de valoriser leur production, donner une vie plus longue à leur message

Alban : On parle beaucoup de la neutralité du net, mais il faut aussi s’intéresser à la neutralité des ondes. Les radios associatives sont autant de média alternatifs. Même si les jeunes geeks n’ont pas le transistor collé à l’oreille. Les enjeux sont les mêmes que pour le net. Les solutions aux enjeux actuels des radios feront leurs futurs. Et si beaucoup de radios doivent trouver leurs places sur Internet. Ils leur faut l’aide des geeks et des hackers de 2011.

A l’heure où les gens deviennent des medias à part entière, bloguant, tweetant et tout, on peut imaginer des formats types radio blog, radio humaine…

Florent : c’est sur que si tout le monde peux s’exprimer, tout le monde le fera. Nous étions récemment à une rencontre de radio au dessus de Grenoble, et justement à ce propos, j’ai noté une remarque pertinente : si tout le monde parle, plus personne n’écoutera. Du coup, oui bien entendu que c’est positif que tout le monde puisse faire son propre canal de diffusion (radio, net…) mais le tri va devenir difficile. Et les radios auront probablement cette fonction de dénicher les messages individuels : elles vont devenir des agrégateurs de flux, et finalement, c’est déjà un peu le cas pour d’autre médias !

Alban : Les connections entre acteurs de la radio sont plus faciles. On peut imaginer un animateur à Grenoble, un autre à Strasbourg, un chroniqueur au Chili et des 2/3 interviews réalisées au Québec. Et tout ces gens feraient ce qu’on appelle une émission. En échangeant des fichiers, voire en live (mais pas par Skype :D). C’est vrai sur toute la chaine. De la production des émissions à l’auditeur. Une émission pourrait être aussi diffusée à 50 endroits dans le monde. Et une radio pourrait regrouper des programmes provenant d’autant d’endroits. Les auditeurs auraient (ont déjà parfois) le choix d’écouter l’émission directement sur un site/podcast indépendant d’un diffuseur. Ou de l’écouter dans le programme de telle ou telle radio.Tout ceci est possible techniquement de nos jours. Mais c’est pas forcément facile “à la main”, donc ca rentre doucement dans les usages. Il faut les bons outils … libres :)

Skype ?

Alban : -> [] (“tu sors”)

Pourriez-vous me parler de quelque chose de récent que vous avez trouvé particulièrement innovant dans le monde de la radio (à part Tryphon) ?

Alban : Concernant l’innovation, l’une des pistes prometteuses est le mixage full-numeric libre. L’un des projets prometteurs dans le domaine est Jackmixer : http://home.gna.org/jackmixer/. D’ici quelques années (semestres ?, mois ?), adieu notre table de mixage, bonjour surface de controle, le tout en libre. A terme, ce genre de techno nous ferait gagner quelques 10/15 kilos sur notre studio mobile

Pensez-vous qu’avec le changement des moyens techniques, les radios locales risquent de souffrir de nouvelles technologies qu’elles ne comprennent pas forcément, à laquelle elles n’ont pas été formé ?

Alban : Les radios locales c’est juste des gens. Qu’ils en ont vu d’autres. Mais que beaucoup ne sont pas contre un coup de main (durable) venant des passionnées d’informatique et du logiciel libre !

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